Shigeru Mizuki est un mangaka à part. Tout d’abord par son histoire personnelle, puisqu’il fit partie de l’armée nippone durant la Seconde Guerre Mondiale ; cela lui a d’ailleurs valu de perdre un bras dans l’enfer de la jungle de Papouasie. Ce n’est qu’à son retour au Japon qu’il se met à dessiner. Empreint de culture populaire, il crée des œuvres fantastiques qui puisent au vivier immense du folklore japonais.
On le connaît en France notamment pour Kitarô le repoussant (Gegege no Kitarô en version originale), publié lui aussi chez Cornelius. NonNonBâ est une œuvre plus autobiographique, l’auteur ne s’en cache d’ailleurs pas vraiment. Il s’inspire de son enfance à la campagne avant cette guerre et ouvre ainsi une fenêtre sur une réalité assez peu connue : le Japon rural des années 1930. Cela lui permet d’aborder un certain nombre de thèmes plutôt sociaux : l’entraide avec les personnes âgées et pauvres comme l’est NonNonBâ, l’illettrisme, la vie à la campagne, les difficultés d’argent, le trafic d’enfants…
A cela, Shigeru Mizuki ne peut s’empêcher d’ajouter « l’autre monde », celui des esprits, les yôkaï. Cela n’a rien d’illogique, puisqu’ils font partie de l’inconscient collectif japonais, bien que la croyance en cet autre monde ait fortement diminué avec l’avènement de la société de consommation et du matérialisme. NonNonBâ, la grand-mère, va donc jouer le rôle de « passeur » entre le jeune Shigeru et ce monde étrange et parfois dangereux, en lui indiquant les us et coutumes de ces yôkaï, comme Akanamé le fantôme mangeur de saleté ou BetoBeto-san, le fantôme dont on n’entend que les socques en bois sur le chemin. Shigeru fait donc l’apprentissage de la vie et de la mort (les soins ne sont alors pas aussi efficaces que maintenant) avec ce guide inestimable, qui lui apprend à ne pas avoir peur et à respecter cet autre monde, qui nous entoure, mais aussi à en éviter les dangers, comme lorsque Shigeru manque de se faire posséder par le yôkaï niché dans sa verrue.
Le trait de Shigeru Mizuki est toujours simple, mais expressif, avec cette exagération propre aux mangas dont le but est de transmettre des émotions et pour qui l’action est un peu secondaire. On ressent véritablement les émotions des différents personnages, ce qui permet de rentrer sans difficulté dans cette histoire, même si bon nombre de codes nous sont inconnus au premier abord, tant la société japonaise du début du siècle peut être différente de la nôtre. A ce titre, il faut saluer le travail éditorial réalisé par Cornélius, qui fournit en appendice de ce volume un ensemble de notes explicatives qui permet de mieux comprendre les subtilités de cette œuvre.
NonNonBâ n’est en effet pas uniquement un manga drôle, émouvant et mené de main de maître. C’est aussi, pour celui qui saura en faire l’effort, une autre approche du Japon, une ouverture sur son passé et ses traditions. A tous ceux qui veulent en savoir plus sur le Japon, cet ouvrage est chaudement recommandé !
A noter que Shigeru Mizuki a publié également en France Kitarô le repoussant toujours chez Cornélius, mais également un excellent Yôkaï – dictionnaire des monstres japonais (1 volume paru jusque là, de A à K), chez Pika éditions.
[...] Opération Mort de Shigeru Mizuki publié chez Cornélius (Xa chan vous avait parlé de NonNon Ba du même [...]
Pour avoir lu NonNonBâ simplement par curiosité au départ, je ne peux que confirmer vos écrits. Malgré un dessin simple, j’ai été transporté dans un autre univers, celui du Japon.