J’attends toujours les nouvelles œuvres de Vanyda avec une certaine impatience. L’ayant découverte par hasard avec son Immeuble d’en face, j’ai été tout de suite conquis par sa manière de raconter les petits riens du quotidien, par son trait à mi-chemin entre manga et BD franco-belge, comme une sorte de fusion entre ces deux univers, à mille lieux du « manga à la française » qu’on essaie de nous vendre à coup de marketing. J’avais été convaincu par sa collaboration avec François Duprat sur l’Année du dragon, là encore un récit quotidien illuminé par la fantaisie des deux artistes.
J’étais donc franchement content lorsque mon libraire a reçu le volume 1 de cette trilogie, baptisé « Celle que je ne suis pas ». Content mais aussi un peu anxieux en constatant qu’il s’agissait une nouvelle fois d’une histoire du quotidien ; il est difficile de toujours se renouveler dans ce genre de récit et on risque parfois de tourner en rond. D’autant plus que cette fois, l’héroïne de Vanyda est une collégienne, avec qui je n’ai pas forcément grand-chose en commun…
Heureusement, la lecture m’a tout de suite montré que je me trompais. Vanyda conserve, série après série, cette fluidité de narration et cette délicatesse de trait qui sont ses caractéristiques. Et pourtant, Celle que je ne suis pas n’est pas forcément aisée d’accès. Il ne s’y passe rien, rien d’autre que la vie d’une collégienne juste avant l’entrée au lycée, entre ses amies, sa mère et le garçon qu’elle regarde de loin sans oser l’aborder. Elle-même, Valentine, n’est pas facilement définissable : tout au long de l’album, elle ne montre quasiment aucun trait de caractère, aucune émotion forte à part quand elle croise le garçon de ses rêves. En fait, il pourrait même être difficile de s’attacher ou même de s’intéresser à elle.
Et pourtant, je pense que toute la réussite de cet album réside précisément dans ce fait. Vanyda réalise un portrait psychologique et ce premier album est un passage obligé ; il s’agit en effet d’une trilogie, dont les titres sont révélateurs : Celle que je ne suis pas, Celle que je voudrais être, Celle que je suis. Le premier tome est donc totalement en négatif : Valentine subit plus qu’elle n’agit, elle se laisse porter par les évènements, souffre parfois de l’injustice mais ne le montre pas, a des rapports assez compliqués avec sa mère qui, elle, est plutôt quelqu’un de volontaire. Elle ne sait en fait pas qui elle est, ce qu’elle veut, où elle va. Pire, elle ne fait aucun effort pour remédier véritablement à cela. Elle se contente de se laisser porter par son groupe d’amies, notamment par l’exubérante Julie. Cet aspect parlera sans doute à bon nombre de lecteurs/lectrices, en les renvoyant à leur propre passé.
A le lire ainsi, ce portrait d’une jeune fille plutôt transparente pourrait sembler un peu vain, un peu inutile. Il n’en est rien. C’est au contraire un intéressant défi : comment créer un lien entre les lecteurs et Valentine, étant donné que celle-ci n’est guère plus qu’un morceau de terre glaise sans forme, attendant la main du potier. Valentine évolue tout de même au cours de cet album, même si pour le moment tout est en dedans. La fin du premier tome, lorsqu’elle quitte le collège pour le lycée, laisse augurer des transformations plus radicales et donne justement envie de continuer l’aventure à ses côtés.
Certes, cet album ne plaira pas à tout le monde. Certains le trouveront trop lent, sans véritable fait auquel se raccrocher. Celle que je ne suis pas est en fait tout à fait comparable à un film intimiste, qui ne vaut que par la peinture psychologique de ses protagonistes. Je ne suis généralement pas très sensible à ce genre d’œuvre, mais Vanyda a encore une fois réussi son pari : me faire attendre la suite avec impatience !
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