Caravane est le nouveau projet d’Olivier Milhiet, après le remarquable et remarqué Spoogue, chez le même éditeur et dans la même collection. O. Milhiet aime visiblement l’anormalité, la monstruosité : Spoogue l’avait montré, avec ses personnages « affreux, sales et méchants » mais attachants dans leur genre, Caravane ne déroge pas à ce trait de caractère.
C’est cependant un changement d’univers radical que nous propose O. Milhiet. Après le médiéval-fantastique, place au road-movie western post-apocalyptique. Oui, ça fait beaucoup de genres différents dans un seul album, et pourtant ça fonctionne à la perfection.
La caravane, c’est ce groupe de nomades qui vont de village en village à bord de leurs énormes véhicules. Tous les membres, c’est une règle, sont des « monstres », dotés de difformités physiques ou d’aptitudes extraordinaires. Ameth est ainsi un guérisseur hors pair, Jean le cyclope est doté d’une vue exceptionnelle, Pilou ressemble à Hellboy, quant à Ephrahum, le chef de la caravane, il dispose de pouvoirs psychiques.
La caravane parcourt donc les étendues désertiques d’un monde où des communautés humaines vivent à mi-chemin entre western (le pasteur et le shérif, autorités morales) et modernité (voitures et camions, électricité, etc…). Elle s’arrête dans les bourgs pour commercer, mais aussi parfois pour razzier, car ses membres ne sont pas des saints. Il faut dire que la méfiance, voire la haine des « normaux » ne les pousse pas à beaucoup de tendresse. C’est encore une fois ce qui les attend dans cette bourgade, où certains habitants entretiennent des habitudes dignes du Ku-Klux-Klan. Ils font cependant la rencontre du tenancier du bar local Pierre Kovacs et de sa fille Mila, adorable chipie, avec qui ils s’entendent tout de suite. Malheureusement, le drame n’est jamais loin et Mila devra trouver refuge au sein de la caravane… Impossible d’en dire plus sans déflorer l’intrigue, d’autant que la caravane semble avoir également un ennemi intérieur.
Le trait d’O. Milhiet est un véritable régal lorsqu’il décrit les monstres, mais ça, on le savait déjà avec Spoogue. Il n’a rien perdu de son talent dans cette nouvelle série qu’il lance et ça fait du bien de retrouver sa patte si caractéristique ; elle a d’ailleurs gagné en « réalisme », indispensable pour ce nouvel univers finalement bien plus proche du nôtre que de Spoogue. Car O. Milhiet brasse là un certain nombre d’influences : devant la caravane, on ne peut s’empêcher de penser au Freaks de Todd Browning pour sa galerie de trognes, mais également à Mad Max et au cycle de la Tour Sombre de Stephen King, pour cette ambiance post apocalyptique « rétro-moderne ». Il y a pire comme références ! Certes, le récit n’est peut-être pas de la plus folle des originalités, mais il est scénaristiquement mené de main de maître et tient en haleine du début à la fin de l’album, malgré l’obligation de planter le décor et les protagonistes, exercice parfois périlleux. C’est aussi l’occasion pour lui de mettre en avant des thèmes très contemporains, comme la différence ou le racisme qu’elle peut entraîner. La fin de l’album laisse cependant entrevoir des développements scénaristiques plus complexes, et abandonne le lecteur sur un « cliffhanger » qui donne envie de connaître la suite.
Caravane est donc une excellente surprise et une lecture conseillée !
Et pour en savoir plus sur Olivier Milhiet, n’hésitez pas à aller visiter son blog !
Merci pour cette chronique encourageante et pour la pub!
O.milhiet
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