Après la chine (Shenzhen) et la Corée du Nord (Pyongyang), Guy DELISLE nous fait maintenant partager son carnet de route en Birmanie.
Enfin, au Myanmar, la Birmanie étant l’ancien nom du pays utilisé par les États qui ne reconnaissent pas le gouvernement en place.
A noter qu’à chaque fois, il était en avance sur tous les médias du monde puisque Shenzhen a été publié en 2001, juste avant l’émergence du Dragon et Pyongyang en 2004, pratiquement au moment de la prise de conscience mondiale du régime totalitaire de Kim Il Sung. A l’heure où la Birmanie fait régulièrement la une des journaux télévisés, ces chroniques nous arrivent juste à point pour nous éclairer de l’intérieur sur un autre régime assassin qui ne dit pas son nom.
Animateur dans le dessin animé, notre âmi Guy (oui, il est d’origine canadienne, parisien d’adoption) avait été engagé par deux studios pour superviser la sous-traitance de séries animées françaises délocalisée en Asie.
Cette fois-ci, ce n’est pas en tant que dessinateur qu’il part, mais avec sa compagne Nadège (et leur fils Louis) qui travaille pour Médecin Sans Frontière.
Le voilà donc parti sur les routes birmanes et sous couvert de l’O.N.G., où il passera 14 mois à découvrir le pays, ses coutumes, ses rites, sa junte militaire.
Comme pour ses précédents carnets, l’album est une succession de saynètes de la vie courante vécues par l’auteur.
Curieux de tout, Guy multiplie les expériences culturelles, culinaires (« c’est bon toi? non. Et toi? Non ».) ou mystiques (il fera à la fin de son séjour une retraite bouddhiste de trois jours qui le marquera profondément). Il essaye tout, goûte à tout sans a priori ni jugement.
Surtout, ce qui frappe tout au long de la lecture de l’album c’est que jamais, jamais il ne se plaint. Malgré les conditions d’hébergement (3 à 4 heures d’électricité par jour), de climat (35° en moyenne et pas de clim’), malgré la politiques du pays (la Birmanie compte un des gouvernements les plus totalitaire de la planète) ou encore les difficultés administratives, il garde le moral.
Il présente avec simplicité et légèreté des situations pourtant terribles: des malades gravement atteints que l’État abandonne au fin fond des campagnes, des populations opprimées qui pourtant, vivent et survivent avec optimisme.
Le dessin, qui a largement évolué depuis Shenzhen et un peu depuis Pyongyang, est très fluide. La ligne claire et minimaliste, le noir et blanc discret, achèvent de rendre la lecture extrêmement agréable.
Apolitiques, ces chroniques ne sont ni moralisatrices ni dénonciatrices. Guy DELISLE ne juge jamais et ne fait que raconter ce qu’il voit, en simple voyageur curieux, neutre et observateur.
Il laisse ses lecteurs se faire leur propre opinion.
A lire et faire lire d’urgence à tous ceux qui vous entourent.
Une vraie leçon d’humilité.
[...] déjà Guy Delisle, dont le Chroniques Birmanes a d’ailleurs été chroniqué récemment ici-même par l’ami Cruchot, ou encore Michel Falardeau avec sa série Mertownville, dont on vous [...]