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Gros plan sur… Tetsuya Tsutsui

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Pour sa venue sur le stand de l’éditeur Ki-oon lors de Japan Expo, voici une excellente occasion de revenir sur cet auteur encore un peu méconnu qu’est Tetsuya Tsutsui. Deux one-shots, une série en trois volumes, le tout chez Ki-oon, il y a matière à article.

copyright Tetsuya Tsutsui - Ki-oon, 2004Et quelle matière ! J’avais eu l’occasion de dire tout le bien que je pensais de sa première œuvre éditée en France, Duds Hunt, dans un numéro du (défunt) magazine Bédéka auquel je collaborais. Force est de constater que près de quatre ans après sa parution en France, ce one-shot n’a rien perdu de sa force de percussion. Une écriture extrêmement nerveuse et un dessin à l’avenant nous entraîne sur les pas de Nakanishi, ancien jeune délinquant, frustré dans son travail et qui trouve un exutoire dans un mystérieux jeu, le Duds Hunt, sorte de « chat perché » qui peut se révéler mortel. Il n’est malheureusement pas possible d’en dire plus ici au risque de déflorer complètement l’intrigue, mais celle-ci ne vous décevra pas. Comme le dit l’éditeur, c’est quelque part entre Fight Club et Battle Royale et croyez-moi, ce n’est pas de la publicité mensongère ! Mais Duds Hunt recèle une autre pépite : une courte nouvelle en fin de volume, intitulée « Rêves éveillés ». 18 pages seulement, mais une démonstration magistrale du talent de narrateur de Tetsuya Tsutsui ! Si Duds Hunt est une grande réussite, pour ma part Rêves Eveillés justifie presque à lui seul l’achat de ce volume.

copyright Tetsuya Tsutsui - Ki-oon, 2005Tetsuya Tsutsui ne s’arrête pas là. En 2006 paraît toujours chez Ki-oon sa deuxième œuvre, encore une fois un one-shot, intitulé Reset. De mystérieux suicides ont lieu dans un même immeuble et un jeune hacker, employé par la police qui enquête sur ces évènements, va découvrir que tout cela pourrait bien être lié au réseau informatique interne du bâtiment. Reset se développe un peu plus que Duds Hunt ; cela permet à Tetsuya Tsutsui d’affiner la psychologie de ses personnages. On pourrait penser, d’après le sujet, avoir affaire à une œuvre plus orientée cyberpunk, mais en fait, c’est véritablement à certains pans de la société japonaise que s’attaque l’auteur : isolement au sein de la société, échec, perte des repères de la jeune génération, hypocrisie, le tout sur fond d’histoire de vengeance. Le scénario, bien qu’un ton en dessous de Duds Hunt, est assez machiavélique et vous tiendra en haleine. Néanmoins, si Tetsuya Tsutsui affine ici son style et ses thèmes de prédilection, Reset n’est peut-être pas sa meilleure œuvre, tout en restant d’une grande qualité.

copyright Tetsuya Tsutsui - Ki-oon, 2005copyright Tetsuya Tsutsui - Ki-oon, 2006Après Reset, Tetsuya Tsutsui s’attaque à sa première série, Manhole, qui s’étendra sur trois tomes. C’est ici un thriller pur et dur, une œuvre qu’un Michael Crichton au sommet de son art aurait pu écrire. Les deux inspecteurs, Inoue et Mizoguchi, la jeunette et le vieux briscard, vont en effet devoir déjouer les plans d’un bioterroriste fanatique. Si Duds Hunt et Reset n’étaient pas particulièrement des œuvres comiques, Manhole est quant à lui un monument de noirceur, qu’on ne peut s’empêcher de rapprocher de films tels que Seven ou le Silence des Agneaux. Le trait de Tetsuya Tsutsui se fait chirurgical, d’un réalisme implacable et à la limite du soutenable, sans jamais pourtant tourner à l’horreur gratuite. On est littéralement incapable de lâcher ces volumes avant la conclusion de l’affaire tant le suspense est savamment dosé et maîtrisé. Si l’histoire d’amitié entre les deux policiers est plus classique, elle s’intègre parfaitement dans le cours du scénario et permet également la réapparition de certains personnages de Reset, ancrant par là ces deux œuvres dans un univers commun et réaliste. C’est également l’occasion pour Tetsuya Tsutsui de poser la réflexion sur le crime, ses motivations, son châtiment, des thèmes tout à fait d’actualité dans notre monde modern, hélas…

copyright Tetsuya Tsutsui - Ki-oon, 2006Tetsuya Tsutsui est donc un auteur à suivre, en espérant que d’autres de ses œuvres seront diffusées en France. C’est également un cauchemar pour tout journaliste de Bande dessinée qui se respecte : difficile de parler du scénario sans en révéler les astuces et priver le lecteur du plaisir de la découverte ! Encore une fois, il prouve si besoin est que le manga ne correspond pas à tous les clichés qu’on peut en avoir : pas de série interminable en 45 volumes, un discours résolument adulte et original, une lecture obligatoire si vous aimez les histoires à suspense !

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