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Seizon – Life

Informations complémentaires

  • Nombre de tomes : Série complète en 3 volumes
  • Scénariste : Nobuyuki Fukumoto
  • Dessinateur : Kaiji Kawaguchi
  • Editeur : Génération comics
  • Genre : Thriller - Drame
  • Date de publication : 2005
  • ISBN : 2-84538-514-5 2-84538-545-5 2-84538-610-9

copyright Fukumoto/Kawaguchi - Génération comics 2005La vie n’est pas tendre avec M. Takeda. Certes, il occupe un poste enviable dans une société de construction et la possibilité d’une promotion se dessine pour lui. Mais il a perdu sa femme Naomi, morte d’un cancer et surtout sa fille Sawako, disparue il y a 14 ans sans laisser de traces. Alors, quand il apprend qu’il est atteint d’un cancer, il s’effondre et se prépare à se suicider. C’est sans compter un appel de la police : on vient de retrouver le corps de Sawako ! Pour M. Takeda, c’est un signe : le signe qu’il ne doit pas abandonner, qu’il doit à sa fille disparue de résoudre le mystère de son meurtre, même si le délai de prescription de ce crime arrive à son terme dans six mois. Six mois… c’est aussi le temps que les médecins lui donnent à vivre, comme un écho, une ironie finale de l’histoire.

M. Takeda ne va alors avoir de cesse de reconstituer le dernier parcours connu de sa fille, en partant du journal intime de celle-ci, pour tenter de trouver de nouveaux indices. Il sait que la police ne va pas lui être d’une grande aide, étant donné la prescription toute proche de l’affaire. Il compte bien cependant rassembler assez d’éléments pour provoquer chez eux une réaction. Il va pouvoir compter sur l’inspecteur Murai, un vieux de la vieille.

copyright Fukumoto/Kawaguchi - Génération comics 2005Impossible, vous vous en doutez, de vous en dire plus sur l’intrigue sans la déflorer et gâcher le plaisir de lecture. L’écriture de Nobuyuki Fukumoto est dense, serrée, pour tenir en seulement trois volumes, là où bien d’autres séries auraient pris leurs aises. C’est cette tension constante, de bout en bout de l’œuvre, qui fait qu’une fois commencé, on ne peut plus lâcher Seizon jusqu’à sa conclusion. Car non seulement le scénario de Nobuyuki Fukumoto est diabolique d’inventivité et de rebondissements plausible, mais le dessin de Kaiji Kawaguchi est exactement ce qu’il fallait pour sublimer cette tension dramatique. Kaiji Kawaguchi est connu en France pour bien d’autres œuvres, comme Eagle, Spirit of the Sun ou Zipang, qu’il scénarise seul. Ici, l’exercice est un peu différent puisqu’il prête son talent à l’illustration d’un scénario extérieur. Et bien lui en a pris, car la densité de l’écriture de Nobuyuki Fukumoto oblige Kaiji Kawaguchi à resserrer lui aussi sa narration graphique. Il adopte donc une mise en scène très cinématographique. Le tome trois, qui constitue le huis clos final, est à ce titre une leçon de mise en scène, que ne renieraient pas certains grands polars intimistes, comme Garde à vue avec Michel Serrault et Lino Ventura. On y retrouve également des parfums d’Hercule Poirot ou de Miss Marple dans l’enchainement logique des déductions de Murai et Takeda face au tueur. L’illustration la plus frappante de cette mise en scène cinématographique est certainement constituée par les quatrième de couverture des trois volumes : si le premier est un plan large d’un carrefour, le troisième est un gros plan sur le visage de M. Takeda, toujours au même endroit. L’intensité de son regard est impressionnante, on sent toute la détermination du personnage, on en a presque froid dans le dos tellement on le sent implacable.

copyright Fukumoto/Kawaguchi - Génération comics 2005Mais Seizon n’est pas qu’une histoire policière de plus. Elle se double d’une dimension beaucoup plus intimiste : c’est le drame d’une famille brisée, d’abord par la disparition de Sawako, puis par la mort de Naomi. C’est aussi, pour un père et un mari, une manière d’essayer de « recoller les morceaux », de reformer une famille même de manière posthume, de montrer à sa fille et à sa femme que sous ses dehors froids, il n’a jamais cessé de les aimer. Il est plusieurs fois au bord de l’abandon, quand se présente ce qui semble être une impasse finale dans sa recherche du tueur, pourtant, en mémoire de Sawako, il ne se résigne jamais complètement et puise au fond de lui la force de continuer, malgré le cancer qui le ronge. Fukumoto et Kawaguchi n’oublient jamais cette dimension essentielle de l’histoire qu’ils narrent, ce qui leur permet d’en transmettre toute la force sans jamais tomber dans le pathos gratuit. Seizon est l’histoire de la recherche de la Vérité, celle sur le meurtre de Sawako mais aussi la vérité intérieure de M. Takeda, ce qui le raccroche à la vie.

Seizon est donc une œuvre poignante, intense, percutante et dont la brièveté est aussi une force. On ne ressort pas indemne de ce combat d’un père et d’un mari, tant les deux auteurs ont su sublimer les émotions des personnages et ainsi tisser un vrai lien entre ces derniers et les lecteurs. Si vous voulez lire un manga intelligent, d’une écriture et d’une intensité redoutables, à mille lieux des clichés généralement véhiculés sur la production du Soleil Levant, alors Seizon est pour vous. D’autant plus qu’il constitue sans doute la meilleure porte d’entrée sur l’œuvre de Kaiji Kawaguchi. Reste à mettre la main sur ces albums sortis en 2005, mais cela ne devrait pas être trop difficile. A vos librairies !

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