Le Lieu : un pays européen indéterminé (peut-être l’Allemagne), le temps : peut-être aujourd’hui.
L’histoire? inracontable. Eric, Sal, Damien, Chips et tous leurs amis vivent leur vie entre soirées arrosées et sexe sous acide.
Pourtant, elle avance au fur et à mesure qu’on passe d’un personnage à l’autre, un peu comme une puce saute de chien en chien pour arriver à destination, des questions se posent, des réponses arrivent. Et les personnages évoluent, mûrissent, changent.
De la nouvelle aux nouvelles
A l’origine HALLORAVE est une courte histoire pré-publiée dans l’Echo des Savanes.
Albin Michel ayant adoré, l’éditeur commande alors aux auteurs un album complet. D’où ce (léger) changement de ton et de longueur sur les histoires suivantes : Michel PIRRUS a dû ruser pour étendre l’univers de la première et creuser ses personnages (1).
Et, surtout, créer une histoire complète et cohérente sous forme de nouvelles liées entre elles. Pas facile, un vrai défi que le scénariste s’est fait un malin plaisir de relever. Force est de constater qu’il s’en est particulièrement bien sorti.
Pourtant, ce n’est pas l’histoire qui importe le plus dans ce livre.
Non, quand on lit le roi des mouches, c’est pour se laisser entrainer par des sensations.
Malaise, nausée et vertiges
Car tout dans le roi des mouches, depuis la grosse tête (2) en couverture jusqu’aux couleurs (vert bile et marron, violet…) est fait pour créer un sentiment de malaise : les personnages vous fixent, impassibles et froids, ils débitent leur texte en litanie nauséeuse et se retrouvent dans des situations impossibles.
Le trait est gras et épais (le dessinateur revendique totalement le style Charles BURNS), le noir domine, et les cadrages sont audacieux (vue à travers un vagin, reflets, plans aériens vertigineux…)
Fidèle à ses habitudes, MEZZO utilise le gaufrier pour ses tableaux. Car plus que des « cases » classiques, chaque vignette est un mini-tableau interprétant le texte.
Et quel texte !
Michel PIRUS sort du polar noir pour nous offrir une virée dans la tête d’ados dérangés et sous acide.
La narration est particulière puisque tout est rapporté à la première personne et il y a très peu de phylactères : le narrateur de chaque scène nous décrit ce qu’il fait et pense, mais sans laisser apparaitre la moindre émotion. Du coup le style utilisé est froid, chirurgical et distancié, un peu comme celui de Brett Easton ELLIS.
MEZZO et PIRUS travaillent ensemble depuis si longtemps qu’on a l’impression que le cerveau de l’un guide les mains de l’autre. Leur complicité se sent dans chaque case, où le texte de l’un est parfaitement illustré par l’autre.
Enfin, le bouquin en lui-même est superbe : belle présentation, papier épais et luxueux. Un beau bébé dont les papas sont très très fiers.
Le roi des mouches est une invitation au mal de mer sur un voilier de luxe : en y montant on sait qu’on va être délicieusement malade, et sitôt redescendu on fait la queue pour un deuxième tour (dans un an, le deuxième tour…).
(1) Ce qui l’a le plus embêté a été la mort de Damien. il m’a confié adorer le personnage et cherche un moyen de le faire revenir dans le tome 2. Comment ? Sous quelle forme ? Mystère…
(2) D’autres y voient autre chose. « Je ne suis pas responsables des fantasmes dans la tête des gens. Chacun voit ce qu’il veut dans mes dessins » (rire)
Une superbe BD sur une jeunesse rock n roll à souhait!
Un must dans ma collection!
[...] que les organisateurs n’attendent pas moins de 45 auteurs dont, entre autres, Mezzo (Le roi des Mouches), Mo et Julien CDM (Cosmik Roger), Nicolas POUPON (Le fond du bocal), mais aussi Jean-Jacques [...]
Aïe aïe aïe les fautes…
A corriger le R doublé sur le nom de Pirus et le prénom de Burns est Charles et pas Richard…
Han la honte, et ça se dit amateurs de bd?!