Ce jour là, il pleuvait à verse. J’avais pas beaucoup de boulot ces derniers temps, les clients se faisaient rares. J’étais dans mon bureau et je lisais des illustrés américains quand ma secrétaire m’a annoncé qu’on avait peut être une affaire. Et puis elle est entrée.
Montée sur ses hauts talons, moulée dans une robe rouge, elle s’est approchée de mon bureau comme un fauve. Dès que je l’ai vue, j’ai su que j’allais avoir des ennuis.
Elle m’a expliqué qu’elle était libraire et qu’elle avait une mission pour moi. Un truc bien payé mais peut être dangereux.
Elle m’a raconté qu’elle adorait la série du Choucas. Et m’expliqua que ces albums méritaient d’être connus. Ma mission serait de lire toute la série et d’en faire de la pub. Sale affaire.
Fasciné par ses grands yeux de biche et ses lèvres langoureuses, j’ai accepté.
Alors je me suis lancé sur les traces de ce drôle d’oiseau. Direction la librairie la plus proche. Je me suis fait l’intégrale et je n’en suis pas encore revenu.
Le Choucas c’est un oiseau qui plane au dessus des montagnes. Mais c’est aussi un détective privé qui officie à Paname. D’entrée il affiche la couleur. Ou plutôt les couleurs : jaune pour la chemise et noir pour le costard. D’un noir profond comme les séries qu’il affectionne. Mais si, vous savez, ces polars bien de chez nous peuplés de bons mots sur la couv’ et de bon scénars dans les pages.
Pourtant le bonhomme n’a pas vraiment la gueule d’un héros : la cinquantaine bien tassée, sans expérience et encore moins de licence pour bosser, il passe son temps à patauger dans ses enquêtes. Normal, détective c’est pas son vrai métier. Comme il a été viré de son boulot de « remonteur de pendule », il a bien fallu se reconvertir pour mettre du picon dans la binouze. Mais finalement il se révèle meilleur limier qu’en apparence et plus intelligent que ce qu’il veut bien faire croire. Il résout des affaires pas si évidentes tout en décontraction et détachement, comme moi quoi.
Autour de lui gravitent des seconds couteaux aux grandes gueules taillées à la serpe qui se révèlent bien utiles. Notamment GABIN, le taxi qui connaît la ville comme personne.
Question ambiance, le père LAX sait y faire. Le bonhomme est un vrai amoureux des Séries Noires et des films français des années 70, où les dialogues d’AUDIARD prennent toute leur saveur dans la bouche de GABIN (tiens, comme le taxi ?). Et ça se sent. Ambiances interlopes et citations de romans, il met tout en œuvre pour nous plonger dans son monde glauque et gras du bide, un rien chouette quand même.
Pour plus d’info sur le gazier, je suis allé faire un tour sur son site. Bien foutu, il reprend les ambiances des albums, histoire de se faire une idée avant d’acheter, et fournit les clefs de son univers.
Alors oui, je me suis régalé avec la série de 6 volumes (qui existent aussi en intégrale) et les deux extras, qui emmènent notre volatile aux quatre coins du monde (en fait, que deux pour le moment : le Népal et le Mali). Le Choucas est réellement une bonne série pour qui aime les polars bien de chez nous.
Elle avait raison la bougresse, c’était une mission bien payée (en plaisir) mais dangereuse (pour l’addiction). Je m’étais encore fait avoir par une libraire.
Affaire classée.
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