La réédition récente par les éditions Paquet de l’album Mariée par correspondance, de Mark Kalesniko, me donne un prétexte bien agréable pour vous parler aujourd’hui de cette œuvre troublante. Elle décrit la vie en commun de Monty Wheeler, américain moyen un peu adolescent attardé et peu à l’aise avec les femmes et de Kyung Seo, jeune asiatique qui cherche visiblement à fuir son pays d’origine, pour des lendemains meilleurs. Les deux ont donc décidé de contracter un « mariage par correspondance », leur première rencontre n’intervenant qu’à l’arrivée de Kyung en Amérique.
Problème pour les deux : la réalité va se montrer bien moins rose qu’ils ne l’envisageaient tous les deux. Kyung n’est pas une petite asiatique docile, un peu poupée, un peu geisha, que les magazines porno spécialisés de Monty lui décrivaient si complaisamment. Elle lui en fera d’ailleurs la remarque en le découvrant dans son arrière boutique en train de se « faire plaisir » avec lesdits magazines. Pour autant, Kyung découvre qu’elle va devoir trouver sa place dans une société qu’elle ne connaît pas et qu’elle devine pourtant riche de promesses d’épanouissement personnel ; de plus, elle ne doit son séjour en Amérique qu’au bon vouloir de Monty… Celui-ci lui dit qu’elle peut repartir dans son pays si elle ne se plait pas avec lui, mais Kyung n’en fera rien, elle sait qu’il n’est pas de retour possible pour elle.
Mariée par correspondance est donc la chronique d’un amour idéalisé (pour Monty) et d’une promesse d’une vie meilleure qui va lentement se transformer en l’histoire d’une haine ordinaire, d’un couple qui se hait déjà mais qui est piégé à vivre ensemble. On assiste ainsi à la ruine des espoirs de Monty, à l’irrépressible envie d’indépendance de Kyung, dans un espace qui ne peut voir les deux cohabiter très longtemps. La tension monte tout au long de l’album, jusqu’à une scène cruciale (et violente) de dispute conjugale, où les deux protagonistes vont enfin trouver le courage de cracher ce qu’ils pensent au visage de l’autre.
Mariée par correspondance appartient indubitablement au genre du « graphic novel », ce courant de bande dessinée nord-américain qui essaie de donner une touche plus littéraire au 9e art, avec des œuvres complexes sur le plan psychologique et émotionnel (on se souvent par exemple de Blankets, par Craig Thompson, ou aux albums de l’immense Will Eisner). Mark Kalesniko relève le défi d’une manière brillante : sur un thème archi rebattu par la littérature (les malentendus du couple), il tisse un récit mené de main de maître, qui nous lie de manière irrémédiable aux personnages qu’on ne peut s’empêcher d’aimer malgré leurs travers et leurs faiblesses. Le dessin est très expressif et permet à Mark Kalesniko de rendre toutes les subtilités de la psychologie de ses héros.
Profitez donc de cette réédition pour découvrir cette œuvre captivante !
Excellent chronique d’une non moins excellente bd que j’avais découverte lors de sa première sortie.
J’avais prévu d’en parler incessement sous peu pour dire tout le bien que j’en pense, tout le talent de KALESNIKO pour raconter la chute d’un mariage sans amour qui n’a de toute façon jamais existé. A noter toutefois que la fin n’est pas si pessimiste que la chronique le laisse à penser. Merci Xavier de me couper l’herbe sous le pied!
je cherche des correspondants
Quels genre de correspondants ? Pour faire quoi ? Des correspondants d’où ?
[...] chronique de Kroniks, celle de PlaneteBD et une interview de [...]