Au début de ce mois, j’ai eu enfin la possibilité d’aller visiter le Musée international du Manga, situé à Kyôto. Ouvert il y a tout juste deux ans, il est pour le moment unique au Japon. Voici son site, en anglais : http://www.kyotomm.jp/international/english. Bien sûr, d’autres musées de ce genre existent, mais sont consacrés à un seul auteur, comme par exemple celui d’Osamu Tezuka, situé non loin d’Osaka, à Takarazuka, sur lequel j’aurai peut-être l’occasion de revenir un de ces jours.
Le site internet du Musée est donc accessible en anglais, ainsi qu’en chinois et en coréen, marquant ainsi la véritable volonté « internationale » des concepteurs. La visite confirme ce fait : les panneaux d’affichage sont en anglais et en japonais et le Musée possède une collection de manga en de nombreuses langues, de l’anglais au français, en passant par le suédois, le thaï, l’italien, etc… On peut cependant remarquer que cette collection n’est pas encore très étendue dans toutes ces langues, mais elle a au moins le mérite d’exister…
Le Musée est implanté dans une ancienne école japonaise, restaurée et réaménagée de fort jolie manière. Un espace d’exposition est aussi consacré à l’histoire de cette ancienne école, avec les manuels d’époque, ce qui est très intéressant et une bonne idée pour continuer à faire vivre l’esprit de cette école au sein de la nouvelle structure. Les japonais sont de toutes façons passés maîtres dans l’art de concilier le passé et le présent. Ainsi, l’ancienne cour sert maintenant d’espace où les gens peuvent s’installer pour lire un des multiples manga disponibles. L’entrée reste raisonnable, 500 yens, car elle est valable pour toute la journée, si l’envie vous prend d’y retourner.
Le musée est structuré en plusieurs espaces. Au sous-sol, les archives, où à côté d’un espace exposition qui retrace la naissance des manga et l’influence des dessins de presse, sont conservés sous atmosphère contrôlée de très nombreux vieux manga, qui forment ainsi un panorama de l’évolution des styles selon les époques. Une séquence nostalgie assez intense, y compris pour les français fans de manga !
Au rez-de-chaussée (1er étage japonais) se trouvent les manga pour garçons. On y trouve également un auditorium pour les manifestations spéciales, des salles de conférence et d’exposition, le café et la boutique du musée ainsi que les premiers « murs de manga » du musée. Ceux-ci sont constitués de manga à la disposition des visiteurs qui peuvent ainsi les consulter à leur gré sur place. Ils sont tous indexés dans une base informatique accessible à partir de terminaux répartis un peu partout dans le musée, terminaux assez simples d’utilisation à partir du moment où on connait le syllabaire japonais. Là encore on voit le respect des japonais pour les choses car si ces manga sont visiblement assez usés par des lectures fréquentes et intensives, aucun n’est en mauvais état. A noter également à cet étage un espace atelier manga où des démonstrations se font le weekend.
Au premier étage (2e japonais) se trouve l’espace des manga pour filles, qui fonctionne de la même manière que l’étage inférieur, avec ses murs de manga. Cependant, cet étage accueille les plus grandes galeries dédiées aux expositions temporaires. Ainsi, l’une de ces galeries était consacrée dernièrement aux contes des 1001 nuits en manga. Le deuxième étage (3e japonais) accueille les manga pour les jeunes adultes.
Au premier étage (à la française) se trouve en ce moment une exposition sur la Bande Dessinée européenne. Elle vise à présenter au public japonais, qui la méconnaît généralement complètement, l’existence de ce courant narratif illustré. Et il faut bien avouer que cette exposition remplit tout à fait son rôle, retraçant l’existence de la BD depuis ses origines (Töpfer, Caran d’Ache) jusqu’à la situation actuelle, ou de plus en plus de collaborations entre artistes japonais et français se font jour (les versions européenne et japonaise de Spirou par exemple). Cette exposition est aussi thématique, reprenant les différents courants de la BD, réaliste, d’humour, engagée politiquement, historique, etc.. avec dans chaque cas une ou des planches d’album au format poster et les albums dont elles sont tirées à la disposition du public. Le choix des différents albums pour illustrer les thèmes est judicieux et suffisamment diversifié pour rendre compte assez fidèlement de la BD. On pourra juste noter une différence culturelle entre la France et le Japon dès les panneaux introductifs de l’exposition, ceux-ci mettant en garde les visiteurs contre la nature sexuellement explicite de certaines planches. A franchement parler, je n’ai pas constaté le bien-fondé de cet avertissement, les planches présentées étant à mon avis toujours très classiques ; je suis sûr que même les jeunes japonais voient dans les mangas qu’ils lisent pire que ce qui était affiché là… De la même manière, sur le thème de la BD militante des années 70-80, si Reiser est cité, aucune de ses planches n’est affichée ; ou encore, si la Rubrique-à-Brac de Gotlib est consultable dans l’exposition, ses œuvres plus « sulfureuses » telles que Pervers Pépère ou Rhââ-Lovely ne sont pas là. Mais ce sont des points de détail, qui ne gâchent en rien le sérieux de l’exposition ni le plaisir qu’on a à la parcourir ! Un certain nombre d’albums en français sont là encore disponibles à la consultation, pour se faire une meilleure idée.
Le Musée international du Manga est donc une visite indispensable pour tout fan de manga et de BD de passage au Japon, par son aspect didactique mais pas ennuyeux, facilement accessible et très agréable d’utilisation. Si en plus vous avez la possibilité de visiter l’expo sur la BD, c’est encore mieux !
[...] y a de cela plus d’un an, je vous avais parlé du Musée International du Manga de Kyôto. C’est le moment de lui redonner un petit coup de projecteur, puisque très récemment [...]