Les lapins, on connait, même en BD : Lapinot de Trondheim, Lapin par Phiip, etc…, ça n’a rien de très original. Les samouraïs, les ninjas, les bonzes, tout pareil, c’est du vu et revu en BD : Okko, Kogaratsu et bien d’autres en sont de dignes représentants.
Mais des lapins samouraïs ? Des chats et des chauve-souris ninja ? Des serpents conseillers du shogun ? Ha ha, là vous calez, hein ? C’est déjà moins banal ! Normal, c’est Usagi Yojimbo !
Créée dans les années 80 par Stan Sakai, cette série a de nombreuses particularités qui font son charme. D’abord par son créateur : bien que né au Japon, il a grandi, étudié et vit toujours aux Etas-Unis. De son héritage culturel nippon, il a retenu les thèmes, pas le style. Usagi Yojimbo est donc un paradoxe : créée par un japonais, sur des thèmes japonais, cette série est réalisée dans un style graphique qui n’a rien à voir avec le manga. C’est du comics, mais version « underground », loin des canons stylistiques du genre. Stan Sakai a développé sa patte propre, tout en traits simples mais très expressifs.
Usagi Yojimbo narre donc les aventures d’Usagi, samouraï sans maître qui vend ses services de garde du corps (un Yojimbo, donc). Cependant, Usagi n’a jamais renié les principes d’honneur et de probité inculqués par son éducation de samouraï, ce qui l’entraîne souvent dans des problèmes ; il a en effet à cœur de secourir la veuve et l’orphelin, la plupart du temps de manière désintéressée. Ce qui ne l’empêche pas de pouvoir être ami avec des personnes moins recommandables mais qui ont un bon fond, comme Gen le chasseur de primes.
Stan Sakai n’a pas voulu faire œuvre d’historien dans son comics. Cela lui permet donc de saupoudrer de temps en temps les aventures de son personnage d’une touche de mythologie. Dieux, démons, épées légendaires, tout cela est aussi présent dans Usagi Yojimbo, mais sans que cela alourdisse le récit ou le fasse basculer dans le fantastique complet. Usagi Yojimbo est donc un mélange des genres très réussi : aventure, amour, complots, fantastique et grands sentiments, dans une veine qu’on pourrait quasiment qualifier de cinématographique. Les aventures du samouraïs aux longues oreilles se dévorent à toute vitesse tant elles sont passionnantes.
Les éditions Paquet ont d’ailleurs décidé de rendre accessibles aux plus grand nombre ces aventures d’un genre peu commun: si les quatre premiers tomes furent édités en grand format en leur temps, un format beaucoup plus compact a depuis été adopté, sans que cela ne gène la lecture en aucune manière. Avantage : le prix de vente est très agressif, un des moins chers du marché. Inconvénient : vu le format, une belle dédicace n’est plus aussi facile qu’en grand format… Mais Stan Sakai sait toujours faire plaisir à ses fans d’un croquis rapide et bien senti, ainsi qu’il l’a prouvé les deux fois où il est venu au festival de BD d’Angoulême !
Bref, pour tous ceux qui cherchent des aventures passionnantes, ceux que le folklore japonais attire mais l’esthétique manga rebute, pour tout le monde en définitive, Usagi Yojimbo est une lecture recommandée !
A noter qu’en 2004, un art-book « The art of Usagi Yojimbo » fut produit, mais à ma connaissance il n’a pas encore été traduit en français…
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