Toby GOODMAN a dix ans, un beau-père insupportable et une vie ennuyeuse. Alors il se réfugie dans les aventures des supers héros Marvel. Jusqu’au jour où il se met à apercevoir des personnages costumés dans sa ville. Qu’est-ce que le Vautour faisait sur le toit d’une église ? Etait-ce bien le Crâne Rouge derrière ces rideaux ? Il semblerait que quelqu’un ait fait venir des supers vilains dans son monde. Et que font de mieux des vilains quand ils ne sont plus tenus en laisse ?
Le massacre a commencé et Toby est le seul qui puisse trouver l’aide appropriée.
Qui veut l’appeau des super héros
Il y a quelques années (cette maxi-série date de 2008), Mark MILLAR avait évoqué son idée de mettre en scène les héros Marvel des années 80. Ca s’appellerait « 1985 » et les lecteurs étaient à la fois intrigués et impatients.
Quelques années plus tard, son projet a pris forme et force est de constater que le talent de MILLAR est bien là.
A priori le scénario en lui-même pourrait passer pour anecdotique (des supers vilains sont appelés depuis l’univers des comics dans un monde réel qui ne le connaît pas). Elle se révèle pourtant bien plus profonde que cela.
1985 est un hommage de fan à une période bénie de la Maison des Idées, celle des aventures galactiques (Le Phoenix Noir, Les guerres secrètes, Galactus…), des équipes bigarrées et des vilains hauts en couleurs.
Elle permet à MILLAR de ramener sur le devant de la scène des personnages oubliés aujourd’hui : ceux qui se souviennent encore de l’Homme taupe, d’Electro ou encore de Fin Fang Doom, écraseront une larme de bonheur en voyant ressurgir tous ces costumes bariolés et improbables qui cabriolaient dans les rues de New York avant d’être mis hors d’état de nuire par les gardiens de la ville.
La différence, toutefois, c’est qu’ici c’est le monde réel et que les vilains sont à la base des tueurs psychopathes. Nous voilà sauvés, MILLAR peut sortir l’hémoglobine.
Un clin d’œil à peine voilé à tous ceux qui rêvassaient en classe en s’imaginant combattre aux côtés de Captain America
Mais 1985 est aussi et surtout un hommage à tous ces trentenaires qui ont grandi avec les aventures de ces surhommes. Une manière pour MILLAR de lancer un clin d’œil à peine voilé à tous ceux qui, comme lui, rêvassaient en classe en s’imaginant combattre aux côtés de Captain America.
Le scénariste en profite comme toujours pour régler ses comptes : avec les vendeurs des boutiques spécialisés qui se font (encore aujourd’hui) de l’argent sur le dos des acheteurs aveugles (les « marvel zombies »), et plus généralement avec tous ces adultes qui ont perdu leur âme d’enfant et sont devenus bien incapables de croire à l’incroyable.
Et puis comment ne pas voir un vibrant hommage à ces enfants qui devenus grands ont refusé d’abandonner leurs rêves et ont fait du comicbook ?
Désireux d’offrir un traitement documentaire à son histoire, MILLAR voulait a l’origine utiliser des photographies montées et retouchées. Mise en œuvre trop ardue ? Résultat peu probant ? Quoiqu’il en soit il a finalement confié les dessins à Tommy Lee Edwards (Bullet Points, Starman, Star Wars : Darth Maul Revenge…).
Respectant le ton réaliste insufflé par le scénariste, il met en images le monde ennuyeux de Toby grâce à des dessins noirs et hachurés. Mais lorsque le garçon passe de l’autre côté du miroir, tout devient plus blanc, plus lisse et plus clair. Plus paradisiaque.
1985 se destine en priorité à tous ceux qui, tous les mois, allaient acheter chez leur libraire leur ration de Strange, Spécial Strange et autres Nova. Et qui voudraient se replonger dans la nostalgie de leur enfance ou de leur adolescence. Ceux là auront forcément les larmes aux yeux au moment où le petit garçon entouré des Vengeurs lance le célèbre « Vengeurs Rassemblement ».
Les autres seront certainement moins touchés et n’y verront qu’une énième histoire un peu bancale de mondes parallèles. Tout au plus ils apprécieront cette histoire autour de l’amour d’un père et de son fils qui se retrouvent dans une passion commune ou une très belle mise en abîme de la relation poreuse entre le réel et la création. Ces histoires là sont universelles et ne nécessitent aucune connaissance particulière de la pop-culture.
Si pour vous Wolverine a un costume marron, si vous en êtes restés à la période punk de Tornade et si vous avez toujours rêvé de visiter le Baxter Building, lisez 1985, la madeleine de Proust que les nostal »geeks » attendaient depuis des années.
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