Mangas

MW

Informations complémentaires

  • Nombre de tomes : série complète en 3 tomes
  • Dessinateur : Osamu Tezuka
  • Editeur : Tonkam
  • Genre : thriller, policier
  • Collection : Frissons
  • Date de publication : 2004 pour les trois tomes
  • ISBN : tome 1 : 978-2845805705 tome 2 : 978-2845805712 tome 3 : 978-2845805729
copyright Osamu Tezuka / Tonkam 2004

copyright Osamu Tezuka / Tonkam 2004

Michio Yuki est un simple employé de banque. Il est diligent, charmant, compétent, bref, il a tout pour s’élever rapidement dans la hiérarchie de sa compagnie. Mais voilà, ce n’est qu’un aspect de sa personnalité. Michio Yuki est en effet également un psychopathe, un monstre de la pire espèce, un assassin. Et ce n’est pas parce qu’il vient confesser chacun de ses crimes au père Garai qu’il éprouve des remords, loin de là. Il prendrait plutôt plaisir à tourmenter le prêtre avec ses récits tous plus monstrueux les uns que les autres et dont Garai peut juger de la véracité simplement en lisant le journal.

Garai et Yuki ne sont pas des étrangers l’un pour l’autre, bien au contraire. Ils sont en effet les seuls rescapés d’un accident avec un gaz militaire, sur une petite île japonaise isolée. Cela a tissé des liens très particuliers entre eux et leur relation est plus que trouble. Il demeure cependant que Yuki est un génie du crime qui ne cherche qu’à assouvir ses instincts de mort, alors que Garai est désespérément lié par le secret de la confession.

Le parcours de Yuki aurait pu continuer ainsi pendant longtemps, mais il parvient à mettre la main sur des informations selon lesquelles le fameux gaz de combat, le MW, serait encore présent sur cette fameuse ile. Dès lors, Yuki ne rêve plus que d’une chose, mettre la main dessus et passer à l’échelle supérieure du crime, le meurtre par arme de destruction massive. On imagine les conséquences à l’échelle planétaire… le père Garai va-t-il enfin se résoudre à arrêter Yuki ?

MW est l’un des manga qui révèlent toutes les facettes du génie d’Osamu Tezuka, surnommé dans son pays le « Dieu du manga ». Il faut d’ailleurs avertir le lecteur tout de suite : si vous pensez que Tezuka, ce n’est que Astro, le Roi Leo ou Princesse Saphir, attendez-vous à un sacré choc.

MW est en quelque sorte un condensé de la science de la narration de Tezuka. 3 petits tomes, pour une histoire parfaitement finie. Une histoire ? Non ! Un uppercut, un direct au foie, un coup de genou dans la tronche, oui ! Tezuka brasse des dizaines de thèmes : culpabilité, amour, folie, fidélité, trahison, crime et châtiment, responsabilité des états créateurs de telles armes, homosexualité ; de cet exercice casse-gueule par excellence, Tezuka se sort la tête haute, nous servant un concentré de tension, de suspense, d’espoir et de terreur comme peu d’auteurs auraient été capables.

En 3 tomes, Tezuka parvient à établir des personnages à la psychologie parfaitement définie et pourtant nullement figée. On ne peut que haïr Michio Yuki et pourtant, on se prend parfois à le plaindre et à se demander quelle aurait été la vie de cet enfant si il n’était pas tombé sur la bande de Garai et si ce gaz n’avait pas été stocké sur l’île. On ne peut que pester devant l’indécision de Garai et pourtant on se prend parfois à l’admirer dans sa volonté de réparer ses erreurs passées et de faire le bien autour de lui.

copyright Osamu Tezuka / Tonkam 2004

copyright Osamu Tezuka / Tonkam 2004

Il n’empêche que MW est un des manga de Tezuka dont la lecture est la plus éprouvante sur le plan psychologique. On se surprend parfois à implorer mentalement ce dernier de mettre fin aux crimes horribles de Yuki, vu le sadisme dont il fait preuve et l’incapacité de la police à résoudre les enquêtes. Pourtant, Tezuka ne nous épargnera rien, rien en tout cas qui ne serve la démonstration de son propos. Il réussit à nous dire plus de choses dans ces trois tomes que dans d’autres de ses séries pourtant plus longues. C’est sans doute parce qu’il a pris le parti de « dégraisser » son récit à l’extrême, en enlevant par exemple toutes les caricatures, les anachronismes et les traits d’humour pourtant présents dans des œuvres sérieuses telles que « Bouddha ». MW est un récit réaliste, « brut de décoffrage », sans concession. Il mise aussi sur la réceptivité de son lecteur pour faire passer ses réflexions et ses idées. Inutile de dire que si vous ouvrez MW pour passer un bon moment, c’est raté. Mais c’est le but : vous faire passer un sale quart d’heure (enfin plus quand même) pour vous obliger à réfléchir sur ce que vous venez de lire. Pas si courant que ça, dans le monde de la BD en général.

On pourrait rapprocher MW de trois autres œuvres de Tezuka sur lesquelles j’espère avoir l’occasion de revenir ultérieurement : Ayako, Barbara et Kirihito, deux récits eux aussi très durs et très réalistes, aux limites de la folie, mais au combien enrichissants pour le lecteur qui s’en donnera la peine. Bref, MW est à réserver à des lecteurs avertis, mais pour ces derniers, c’est une œuvre à ne surtout pas manquer !

A noter que le 4 juillet 2009 sortira au Japon l’adaptation cinématographique de MW, avec notamment Tamaki Hiroshi dans le rôle de Yuki. Voilà qui va le changer radicalement, puisqu’il est plutôt habitué aux rôles de gentils garçons. On l’a ainsi vu dans l’adaptation très réussie de Nodame Cantabile. Bien sûr, on peut s’attendre à ce que le scénario originel de Tezuka soit quelque peu adapté, voire édulcoré, mais la complexité de la tâche d’adapter une telle œuvre au cinéma mérite au moins qu’on y jette un coup d’oeil. Et c’est par ici que ça se passe : http://mw.gyao.jp/

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