
copyright Usamaru Furuya / Marvel Panini France 2009
Un jour où l’autre, le Japon subira un « big one », un tremblement de terre d’une intensité encore jamais atteinte, qui causera de nombreux dégâts et d’importantes pertes humaines. Ce n’est pas de la spéculation, mais un fait ; personne ne sait en revanche où et quand cela se produira.
Pas de chance pour Jin et Nanako : le Big One, c’est ici et maintenant ! Il survient lorsqu’ils sont sur l’île artificielle d’Odaiba, un quartier dans la baie de Tôkyô. Jin est là pour trouver un travail alors que Nanako vient assister au concert de séparation de son groupe préféré. C’est cette occasion tragique qui va leur permettre de se retrouver, alors qu’ils ne se sont pas revus depuis le collège, où Nanako était le souffre-douleur de sa classe. Problème : Odaiba s’enfonce dans la mer, il va falloir fuir !
Ce « pitch » de départ n’est pas sans rappeler l’excellent Dragon Head de Minetaro Mochizuki. Mais là où Dragon Head lorgnait du côté fantastique/science-fiction, Tôkyô Magnitude 8 est résolument réaliste. Les deux œuvres partagent cependant la même approche : la catastrophe constitue l’élément déclencheur puis le « décor de fond » de l’histoire, qui elle se concentre sur l’évolution psychologique des personnages. Usamaru Furuya profite ainsi de la progression de ses héros dans Tôkyô pour les confronter à des situations de crise auxquelles ils devront s’adapter pour survivre.
Tôkyô Magnitude 8 est aussi l’occasion d’une critique de la société japonaise contemporaine : ultra matéralisme, comportement de « moutons de Panurge », mauvais traitements scolaires, racisme latent envers les étrangers, etc… Les situations auxquelles Jin, Nanako et les autres sont traumatisantes et font de ce manga une œuvre assez dure : l’impossibilité de sauver tout le monde sous les décombres, les blessures horribles, mais aussi les pillages, les viols, etc… Usamaru Furuya aborde des aspects de ces catastrophes naturelles dont on ne parle pas forcément dans les médias et c’est tant mieux !
Les personnages sont rapidement attachants, avec leurs qualités et leurs défauts et l’auteur sait ne pas faire des protagonistes ou des personnages de second plan des êtres monolithiques. C’est la peur, l’angoisse qui dominent et même si cela n’excuse pas tout, loin de là, cela permet une compréhension plus nuancée de chacun. Ce tremblement de terre va être l’occasion pour Jin, Nanako et les autres d’évoluer.

copyright Usamaru Furuya / Marvel Panini France 2009
Usamaru Furuya montre d’ailleurs tout son talent dans cette « peinture psychologique » de ses personnages. Il l’avait de toutes façons déjà démontré dans ses autres œuvres éditées en France : Le cercle du suicide et La musique de Marie, toutes deux parues chez Casterman-Sakka.
Les trois premiers tomes de Tôkyô Magnitude 8 sont donc très prometteurs, même si l’approche reste classique. On attend la suite avec impatience !
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