
copyright Taiyô Matsumoto - Delcourt Akata / 2003
Sport national chinois, le ping-pong est depuis longtemps mondialement reconnu. Pourtant, il ne passionne pas vraiment les médias, ni même les auteurs de fiction, sur quelque support que ce soit. Du coup, l’œuvre de Taiyô Matsumoto a de quoi intriguer, quand on sait avec quelle propension les mangas de sport ont tendance à exagérer les choses.
La psychologie avant l’action
Ping-pong se révèle rapidement un manga de sport atypique. Certes, on y parle technique, on s’entraîne et on joue au ping-pong en compétition, mais c’est avant tout la psychologie de ses protagonistes qui intéresse l’auteur.
Prenons les deux personnages principaux, Hoshino (Peko) et Tsukimoto (Smile). Sous ces pseudonymes se cachent deux personnalités bien différentes. Peko est hyperactif, exubérant, excellent au ping-pong, n’hésitant pas à se servir des faiblesses de son adversaire pour l’humilier mais prompt au découragement dès qu’il tombe sur plus fort que lui. Smile est l’antithèse de son surnom : introverti, détaché de tout malgré sa réelle amitié pour Peko, il ne joue au ping-pong que parce que Peko y joue ; il ne veut pas blesser son adversaire ou profiter de ses failles. Il n’est pas dépressif mais n’a goût à rien, comme s’il évoluait en fait dans un monde quasi extra-terrestre pour lui… Smile est sans doute celui qui a la personnalité la plus complexe des deux. Ping-pong est donc l’histoire de l’évolution de leur amitié et de leurs caractères, Peko devant apprendre à surmonter ses adversaires et Smile s’ouvrant de plus en plus au monde.
Les personnages secondaires ne sont pas en reste. L’entraîneur de Peko et Smile, ancien joueur pro (Koizumi, surnommé « Butterfly Joe ») et qui pressent le potentiel de Smile, va pousser ce dernier dans ses retranchements pour le forcer à briser sa coquille. « Dragon » Kazama, joueur-star de l’école Kaïo est conscient de son rôle de leader et fera tout pour conserver cette place. Quant au joueur chinois qui vient au Japon, c’est l’occasion pour lui de redorer son blason et peut-être de revenir enfin en équipe nationale…
Le ping-pong magnifié
Malgré cette étude de caractères qui reste le principal intérêt de ce manga, Ping-pong ne délaisse pas l’action elle-même. Mais il le fait « sauce Matsumoto » : les matchs sont secs, nerveux, ils ne s’éternisent pas façon Olive et Tom. On va à l’essentiel et du coup, on a l’impression d’un sport qui va à 200 à l’heure… ce qu’est finalement le ping-pong dans la réalité !
Taiyô Matsumoto a très certainement passé beaucoup de temps à étudier les gestes des pongistes, car ceux de ses personnages sont criants de vérité et pleins de ce dynamisme qui caractérise le manga en général. Le jeu de « caméras » renforce encore cette impression d’immersion. Gaffe à ne pas prendre la balle en pleine poire !

copyright Taiyô Matsumoto - Delcourt Akata / 2004
Le style Matsumoto
Ping-pong n’est pas le premier manga de cet auteur a avoir été publié en France mais, comme beaucoup de critiques l’ont fait remarquer, c’est peut-être la meilleure porte d’entrée dans « l’univers » Matsumoto.
Doté d’un style graphique très particulier, qui peut rebuter, Taiyô Matsumoto transcende en effet les codes du manga et intègre ceux de la Bande Dessinée pour un mélange unique. Matsumoto ne se cache d’ailleurs pas d’avoir comme influences Moebius, Schuiten ou Bilal et c’est sans doute cela qui donne son style, une quasi-synthèse entre Orient et Occident. Angles tranchants, portraits parfois à la limite du croquis, décors « bruts » et déprimants, voilà ce qui fait sa force.
Oui, le style de Matsumoto est plus difficile d’accès que la majorité des manga (à part Tsutomu Nihei et son Blame! peut-être). Oui, le Japon qu’il dépeint est souvent froid et triste, à mille lieues de l’image d’Epinal qu’en donnent bon nombre d’œuvres plus « acidulées ». Mais c’est ce style sans concession qui fait tout son charme, pour peu qu’on veuille bien se laisser tenter.
Ping-pong réussit donc la fusion improbable du manga de sport et de l’étude psychologique. Cette œuvre en dit aussi long sur son auteur et elle possède une force que peu d’autres œuvres atteignent ! Malgré sa difficulté d’accès sur le plan graphique, il serait dommage de passer à côté d’une telle réussite ! Un indispensable dans toute bibliothèque de « connaisseur » du manga !
Alors Ping pong, comme nom de manga, pourquoi pas, comme nom de sport, non …
En france on parle de tennis de table, et c’est un vrai sport, tres tachnique, tres physique …
Et pourtant, bien que j’apprécie ce sport, je ne pense pas que je lirais ce manga : des histoires avec un introverti et un exhubérant, il y en a des tas, non ?
…
Ici au Japon, on dit aussi bien Ping-pong que Takkyû.
Ping Pong ne préjuge pas que ce ne soit pas un sport technique, hein… La pétanque aussi, c’est un sport technique ! ^_^
Oui, des histoires avec des introvertis et des exubérants, y en a pas mal, mais une bonne histoire, c’est toujours dommage de s’en priver, non ?
C’est bien plus que ce que tu crois Loone : c’est l’histoire de jeunes qui ont des caractères et des visions du jeu, du sport, de la vie en générale opposées. Chaque personnage de l’histoire a une véritable densité, aussi bien les joueurs que les coatchs. Le scénario est passionnant, halletant, émouvant. Et les notes de l’éditeur ont font un véritable documentaire sur le Japon… Indispensable !