Mangas

Family Compo

Informations complémentaires

  • Nombre de tomes : 14 (série complète)
  • Dessinateur : Tsukasa Hôjô
  • Editeur : Tonkam
  • Genre : comédie dramatique sociale
  • Date de publication : 1999-2001 en France

Copyright Tsukasa Hôjô / Tonkam 1999

Masahiko n’a pas eu une vie très facile jusque là : il a d’abord perdu sa mère très jeune et ne voyait pas souvent son père, trop occupé à travailler. Puis, ce dernier s’est à son tour éteint, laissant Masahiko orphelin. Masahiko a donc grandi seul, sans connaître les joies d’un anniversaire en famille, par exemple.

Ce printemps, cependant, les choses changent ! Tout d’abord, Masahiko va entrer à l’université. Mais beaucoup plus réjouissant, il vient d’être invité à vivre chez sa tante Yuriko Wakanae, la sœur de sa mère ! La perspective de vivre une vie de famille « normale » l’enchante au plus haut point ; et cela est encore renforcé par le fait qu’il est accueilli à bras ouvert par Sora, le mari de celle-ci. Sora est en fait un mangaka très connu et une partie de la maison est son atelier, où il travaille avec ses assistantes. Ils ont une fille, Shion, un peu plus jeune que Masahiko.

L’arrivée de Masahiko au sein de la famille Wakanae est l’occasion d’un grand repas en commun et la bière coule à foison. Shion arrive à en boire un peu et, sous l’emprise de l’alcool, fait d’étranges déclarations ; Masahiko n’y prête guère d’attention, il faut bien l’avouer. C’est alors que le « drame » survient : Sora et ses assistantes, bien imbibés, décident d’enlever leurs vêtements… et Masahiko de constater que Sora est une femme et que les assistantes sont des hommes ! Ayant lui aussi bien bu, il met tout cela sur le compte de l’ivresse, jusqu’au moment où il pénètre dans la salle de bain alors que sa tante prend une douche… et s’aperçoit que Yuriko a tous les attributs d’un homme !

Bienvenue chez les Wakanae, une famille où la femme est un homme et où l’homme est une femme ! Si la première réaction de Masahiko est de s’enfuir, il va rapidement s’apercevoir que malgré leur étrangeté, les Wakanae forment une vraie famille, solide et soudée. Et Shion dans tout cela ? Est-ce un garçon ou une fille, en définitive ? Mystère !

Tsukasa Hôjô a conquis ses galons de mangaka star avec des best-sellers comme Cat’s Eyes et surtout City Hunter. Ces deux séries connurent de multiples diffusions dans leur version animée en France, même si cette dernière a été largement expurgée. Le manga de City Hunter est en effet très « porté sur la chose »…

Après ces gros projets qui ont lancé sa carrière, Tsukasa Hôjô s’est tourné vers des envies sans doute un peu plus personnelles. Family Compo, bien qu’il s’étende sur 14 tomes, fait sans doute partie de celles-ci. Le ton de l’auteur est en effet sensiblement différent, bien qu’il garde son humour si caractéristique.

Copyright Tsukasa Hôjô / Tonkam 2000

Tsukasa Hôjô s’attache à une question rarement abordée dans le monde de la BD : le travestissement. Il est vrai que c’est un sujet un peu « difficile » à traiter, dans le sens où on peut très rapidement dériver vers des propos intolérants ou se complaire dans la description de « folles » aussi cocasses que ridicules. Fort heureusement, rien de tout cela dans Family Compo. Au contraire, c’est un vrai manifeste pour le respect de la différence.

En effet, le lecteur est invité à s’identifier à Masahiko, d’où l’introduction qui nous narre le passé douloureux du jeune homme ; et puisque ce dernier, malgré ces évènements tragiques, a su garder optimisme et dynamisme, on ne peut que s’intéresser à lui. La question de la réaction quant à la vraie nature de la famille Wakanae se pose alors autant à lui qu’à nous.

D’autant que Shion, bien plus délurée et « adulte » que Masahiko, ne va avoir de cesse de le questionner quant à son rapport au travestissement. L’ambiguïté vient aussi du fait que Shion est un prénom double en japonais, comme Claude en français. Du coup, l’incertitude est totale et cela pique la curiosité de Masahiko.

Si Family Compo s’en tenait là, on aurait une comédie de mœurs familiale gentille mais finalement un peu vaine. Mais Tsukasa Hôjô étend son propos à la société toute entière. Masahiko affirme son refus du travestissement, cependant un certain nombre de quiproquos vont l’amener à endosser les habits d’une femme. Il découvrira, quasiment à son corps défendant, que la sensation n’est pas si désagréable que ça… Cela va soulever en contrepartie un certain nombre d’autres questions : quelle va être la réaction de la petite amie de Masahiko si elle le découvre ainsi travesti ? Et cela indique-t-il en lui des penchants féminins exacerbés ? Masahiko va aussi découvrir que les relations de Sora avec son père sont tendues à cause de son travestissement et que s’il n’avait jamais entendu parler de sa tante Yuriko avant de la rencontrer, c’est parce que la famille de sa mère avait décider de considérer ce garçon travesti comme un étranger à la famille.

Le thème du travestissement est ainsi exploré de manière quasi exhaustive par Tsukasa Hôjô, ainsi que les thèmes connexes de l’homosexualité et de la part de féminité inhérents à chaque être humain. Le travestissement peut être vu comme un mode de vie (la famille Wakanae et les assistants de Sora), comme l’expression d’une part de soi réprimée par la société (les employés du bar de travestis) ou même comme le facteur déclencheur de révélations sur la sexualité (le boss yakuza, après avoir découvert que l’hôtesse qu’il aime est Masahiko, s’apercevra que ses sentiments ne changent pas malgré cette révélation). Tsukasa Hôjô va plus loin et évoque même ouvertement la possibilité de faire le « grand saut », puisqu’on rencontre un ancien assistant de Sora qui revient des USA où il s’est fait opérer pour devenir une femme à part entière.

Copyright Tsukasa Hôjô / Tonkam 2001

Ce fond est soutenu par une forme en totale adéquation. Le style graphique de Tsukasa Hôjô a atteint sa maturité et les planches sont magnifiques, bien plus abouties que Cat’s Eyes ou City Hunter. Les personnages sont bien caractérisés sur le plan tant physique que psychologique et ont de multiples facettes.

Surtout, Tsukasa Hôjô sait trouver un équilibre délicat entre humour et drame, un équilibre qui reflète parfaitement la vraie vie, faite de joies et de peines. Il sait préserver l’humour qui caractérisait ses précédentes séries, mais son humour s’est un peu assagi en étant moins « gratuit » ; du coup, il fait plus souvent mouche, surtout auprès d’un public plus adulte. Les quatorze volumes de l’histoire se lisent alors d’une traite car Hôjô mène son scénario sans temps morts tout en sachant préserver le rythme particulier aux histoires sociales et personnelles.

Vous l’aurez donc compris, Family Compo est une grande réussite, peut-être le vrai chef-d’oeuvre de Tsukasa Hôjô, même si ses autres séries valent largement le détour. Hôjô montre ici qu’il sait prendre à bras le corps des thématiques plus sociales et délaisser pour un temps l’action pure. Même si son thème le réserve à un public un peu mature, Family Compo est une lecture recommandée, surtout si elle peut mettre à bas certains préjugés ! Il ne reste plus qu’à espérer une réédition rapide de cette œuvre majeure du manga.

Il est d’ailleurs intéressant de mettre ce manga en relation avec les évolutions récentes de la société japonaise. Très longtemps purement patriarcale, avec une domination sans partage des hommes, elle se modifie petit à petit. Les femmes accèdent de plus en plus souvent à des postes à haute responsabilité. Le regard sur l’homosexualité et le travestissement change aussi, dans une certaine mesure. A ce titre, on peut noter que Family Compo, publié au Japon entre 1996 et 2000, a précédé un mouvement où les travestis et les homosexuels ont commencé a avoir une place de plus en plus grande à la télévision. Des personnalités homosexuelles comme les jumeaux Pico et Osugi (respectivement critiques de mode et de cinéma) puis homosexuelles et/ou travesties comme Ikko-san, Kaba-chan, Haruna Ai et bien d’autres sont depuis 5-6 ans les invités réguliers de bon nombre de shows télévisés. Certes, ils y sont invités parce qu’ils sont intéressants, ont une personnalité plus exubérante que la majorité des japonais, mais leur présence à la télé a permis de faire évoluer les mentalités. Cependant, il ne faut pas croire que tout est devenu rose pour autant : l’homosexualité féminine ne s’affiche pas, elle, elle est toujours vécue comme un tabou à la télévision. Mais il faut bien commencer quelque part pour faire évoluer les mentalités…

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Discussion

Un commentaire pour “Family Compo”

  1. merci pour votre article, ça donne très envie d’acheter les 14 volumes, là … c’est typiquement le genre de manga que j’aime :)

    Posté par claire | 22 janvier 2010, 22:21

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