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Blast

Informations complémentaires

  • Titre de la série : Blast
  • Nombre de tomes : 1 de 5
  • Titre du tome : Grasse carcasse
  • Scénariste : Manu LARCENET
  • Dessinateur : Manu LARCENET
  • Editeur : Dargaud
  • Genre : Onde de choc
  • ISBN : 978-2-205-06397-4

Copyright Dargaud 2009Le blast, c’est cette onde de choc qui suit une explosion et qui vous détruit de l’intérieur en vous traversant. Pour Polza MANCINI, le blast c’est ce craquement sourd qui perce son crâne et le libère d’un seul coup de toute sa lourdeur, de sa dépression et le soulève, le fait voler. Un blast version Manu LARCENET.

L’histoire de Blast est celle de Polza MANCINI, écrivain, obèse, dépressif. Ce dernier traine son mal être perpétuel dans grasse carcasse. Placé en garde à vue dès le début de l’album, il va se raconter aux enquêteurs qui aimeraient comprendre comme un homme apparemment aussi doux a pu battre aussi violemment une jeune femme, Carole, dont le lecteur ne saura rien pour le moment. Ni l’identité, ni l’histoire, tout au plus qu’elle est dans un état critique.

Une garde à vue c’est 48 heures. Alors Polza a décidé d’utiliser ce temps pour se raconter. Et il en a des choses à dire. Ça commence avec sa femme (la première qui ait accepté de coucher avec lui), son père (chauffeur routier qui emmenait ses enfants à l’aventure), son frère (tué dans un accident de voiture), et son désir de liberté absolue. Quel sera son avenir, personne ne peut le dire, pas même l’auteur.

En effet, Manu LARCENET se lance dans une aventure de cinq tomes sans même savoir ce qu’il fera de son héros. Partant du fait que lui-même évolue, change et ne sait pas quel homme il sera dans cinq ans, il applique le même principe à sa création, qui évoluera librement avec le temps. Pour l’instant, rien n’est figé pour les quatre autres albums à venir. La surprise sera totale pour le lecteur comme pour l’auteur.

A bien y regarder, Blast est l’œuvre la plus personnelle, la plus intime de LARCENET à ce jour et de ce fait la plus difficile à appréhender.

Peu de gens le savent mais Manu était un enfant dépressif. Pas mélancolique ni romantique mais bel et bien dépressif. Or il y a trente ans la médecine n’envisageait même pas qu’un enfant puisse être déprimé quand bien même il en présenterait tous les symptômes. Manu a donc dû grandir avec ce mal être comme état naturel. Il lui faudra attendre l’adolescence pour être diagnostiqué et commencer une thérapie. Cette dépression l’aura marqué au point qu’il en parlera dans toutes ses œuvres, du Retour à la terre au Combat Ordinaire.

Et ceux qui connaissent un peu le bonhomme savent qu’il n’est pas vraiment un poids plume dans la catégorie.

Aussi quand il décide de parler d’un obèse dépressif, autant dire qu’il sait (un peu) de quoi il parle.

On retrouve enfin l’ensemble de ses thèmes de prédilection déjà aperçus dans toutes ses œuvres précédentes: le père mourant, la nature ressoursante, les SDF philosophes… Les habitués retrouveront leurs marques.

En fait, tout LARCENET est là: l’esprit fin, l’émotion, la sensibilité et l’humour comme dernier rempart.

Mais Blast c’est bien plus qu’un agrégat des (p)références de l’artiste. Cette série lui permet surtout de lâcher totalement la bête qui sommeille en lui. Car c’est avec cet album et après plus de 10 ans de travail qu’il peut enfin s’offrir le plaisir de dessiner des planches muettes et contemplatives, pleines d’émotions, dignes des plus belles réalisations de TANIGUCHI. Et c’est Manu lui-même qui revendique le plagiat. Si a 50 albums t’as pas fait du TANIGUCHI, t’as raté tes bd!

Un réel bonheur pour l’artiste donc, qui retrouve avec cette série le plaisir simple de dessiner. D’ailleurs, pour l’exemple, ses planches avaient été mises en vente à la galerie Christian DESBOIS à Paris. Et l’auteur confiait alors dans une interview que leur vente ne le gênait pas parce qu’elles ne lui servaient plus et qu’il ne voyait aucun intérêt de les garder. Le plaisir était derrière lui, c’était celui de tenir un crayon et de dessiner. Tout simplement. Et ce plaisir, le lecteur le partage à chaque planche, à chaque case.

Manu nous avait habitués à un dessin rond, coloré, tantôt enjoué, tantôt lourd selon l’émotion à transmettre. Ici, pas de couleur, pas de ligne claire. Pour Blast il opte pour un trait gras et noir, des ombres baveuses. Il suffit de regarder cette image du père mourant représenté comme un oiseau englué dans une marée noire échoué dans les draps d’un hôpital maculé. Mais malgré cette noirceur, l’album reste paradoxalement lisible, lumineux et emprunt de calme.

Car Blast cultive les paradoxes, à commencer par Ponzio, l’obèse critique gastronomique. Puis par le dessin, sombre et lumineux à la fois, ou encore par ces scènes bucoliques et tendres dessinées à coup de traits de mazout.

Tout au long de l’album, le lecteur est aspiré dans la tête de Ponzio. Il erre avec lui dans sa dépression, ses coups durs, sa soif de liberté, ses victoires sur la société qu’il rejette. Et ses blasts qui lui ouvrent l’esprit à la manière d’une drogue hallucinogène. Cette proximité crée rapidement une empathie avec le personnage et emporte l’adhésion à son monde simple.

Pour autant le lecteur ne perd pas pied et ne bascule pas totalement avec lui. Car les policiers ne jouent pas que le rôle de déclencheurs d’histoire ou d’environnement propice à la confidence. Leur regard distancié crée un ancrage dans la réalité. par leurs interventions ils nous rappellent que Ponzio n’est pas un romantique épris de liberté mais un alcoolique chronique, un déserteur familial et un tueur barbare. Le dosage de ces interventions est subtil et permet au lecteur de se laisser aller dans les délires de Ponzio en se sachant assuré par ce fil d’Ariane ancré dans le réel.

Dire que Blast est une réussite est un euphémisme. Blast est un chef d’œuvre, le plus intime et le plus profond de LARCENET. Une œuvre majeure dans la bibliographie de l’auteur et dans le 9e art mais dont il faut en connaitre quelques clefs pour l’apprécier entièrement.

Discussion

4 commentaires pour “Blast”

  1. ça m’embête bien ce que tu dis parce qu’il y a une partie de ce que tu dis avec lequel je suis assez d’accord et une autre partie ou par contre… déjà, je n’ai lu nulle part dans Blast que Polza avait torturé et tué Carole… j’ai fait une seconde lecture en pensant avoir laissé échappé quelque chose mais non. elle est dans le coma, état critique, on se doute donc bien qu’il n’y a pas été de main morte, mais là, torturé et tué non, pas vu. Là ton imagination galope. Ensuite, même si il y a des éléments autobiographiques qui ont été injectés dans Blast, c’est pour alimenter le personnage. Larcenet l’a donc nourrit de ses propres angoisses mais il lui en a aussi collé d’autres. et puis enfin je ne fais pas la même lecture. Le coté dépression ne m’a pas autant frappé, enfin, pas dans le sens négatif du terme. Polza décompense peut etre mais la rupture qu’il crée ne lui est pas imposée. Je le lis comme une quête, une démarche plutôt positive… même s’il est vrai qu’il dérape… bref, je n’ai pas eu la même lecture

    Posté par Mo' la fée | 26 mars 2010, 22:20
  2. Concernant Carole, effectivement, mon imagination a galopé plus vite que mes doigts. J’ai un peu extrapolé, ayant tapé cette kronik bien après avoir lu et relu l’album. Toutes mes excuses à nos lecteurs, même s’il s’agit d’une erreur minime qui n’induit aucun contresens (et merci de m’avoir encore une fois rappelé à l’ordre, que ferais-je sans toi?).

    Concernant mon « interprétation », je maintiens l’ensemble de mes propos. D’autant que ma perception est aussi celle de nombreux autres lecteurs, de journalistes et surtout … de l’auteur lui-même…

    Je n’ai jamais dit que Polza ETAIT Larcenet (et inversement) mais qu’on trouvait dans Blast! tout les thèmes chers à l’auteur. Et je maintiens, Polza est certes en quête, mais il est aussi et surtout dépressif, en rupture avec la société et le reste du monde. Sa démarche apparait positive au lecteur pris dans son monde, mais les interventions des policiers (représentant le monde réel) nous rappellent qu’il n’est « pas très bien dans sa tête ».

    Posté par Cruchot | 27 mars 2010, 16:57
  3. ah, pas taper pas taper ^^ Je disais juste que je n’avais pas fait la même lecture, mais je ne remets pas en cause tes propos (juste pour Carole). Les éléments autobiographiques, bien sur qu’il y en a, mais je ne leur ais pas accordé autant d’importance. Et oui, les policiers nous ressortent de sa bulle aussi.

    Posté par Mo' la fée | 28 mars 2010, 8:02
  4. [...] édité par Futuropolis (prix controversé Regards sur le monde à d’Angoulème 2010), Blast T.1 de Larcenet (Dargaud), Pain d’alouette de LAX (Futuropolis), Le Montespan de Teulé et [...]

    Posté par Kroniks | Prix Canal BD 2009-2010 | 20 juin 2010, 19:25

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