Une des choses les plus remarquables au Japon est ce rapport privilégié que les japonais entretiennent avec le bain et le soin du corps. Les onsen (bains thermaux) sont une véritable institution et si leurs usages peuvent déstabiliser les occidentaux peu habitués à la nudité collective, je peux vous dire qu’une fois qu’on a essayé, on en ressort convaincu !
A cheval sur deux mondes
Thermae Romae, puisque c’est le nom de ce manga, joue de manière intelligente sur ces différences, en prenant un angle audacieux et finalement assez peu utilisé.
Lucius est un architecte romain. Oui, romain, comme dans Empire romain, époque empereur Hadrien ! Il traverse une période difficile : son dernier projet vient d’être refusé, au titre que ses idées architecturales seraient trop « vieilles »… En chemin vers les thermes, pour se détendre, il fait alors le bilan de ce qu’est devenu l’Empire romain depuis sa fondation et se demande si les critiques sur son travail ne seraient pas justifiées…
Les thermes ne sont finalement pas le meilleur endroit pour ses réflexions : très fréquentées, elles sont non seulement un lieu de relaxation mais aussi d’exercice physique et de soin du corps, dans les différents gymnases qui les composent.
Pour s’isoler, Lucius se plonge alors dans l’eau. Perdu dans ses méditations, il remarque cependant un étrange orifice au fond du bassin, par lequel l’eau s’échappe. S’approchant, il se fait soudain aspirer ! Lucius va-t-il mourir ainsi ?
Non, car il aperçoit la surface ! Mais quand il émerge… force est de constater qu’il n’est plus à Rome !! Il n’est pas le seul surpris, d’ailleurs : imaginez la tête des japonais du quartier, venus se détendre dans ce bain public, et qui voient soudain un étranger surgir de l’eau ! Hé oui, Lucius a fait un voyage temporel de la Rome antique au Japon actuel…
Humour et salle de bains
La série de Marie Yamazaki joue sur ce décalage : Lucius et les japonais ne sont bien entendu pas capables de se comprendre linguistiquement. Et les avancées technologiques de notre époque laissent souvent le romain perplexe. Cela donne lieu à un certain nombre de quiproquos cocasses ou de situations déstabilisantes pour Lucius : la scène où il se demande, assis sur des toilettes automatiques japonaises, combien d’esclaves cette civilisation peut employer pour faire de la musique pendant qu’on « fait son affaire », est impayable ! Surtout quand il enclenche par mégarde la fonction « bidet »…
Cependant, ces « glissades temporelles » (oui, cela se reproduira, prouvant à Lucius qu’il n’a pas rêvé) vont être l’occasion pour l’architecte romain de découvrir de nouvelles pratiques liées au bain et aux soins du corps. Il va d’ailleurs s’inspirer de certaines pour son propre travail, comme par exemple la sorte de chapeau qui permet de ne pas se mettre du shampooing dans les yeux, ce qui ne va pas manquer de remonter jusqu’aux oreilles de l’empereur…
C’est l’occasion aussi pour Lucius de découvrir de nouvelles pratiques culinaires liées aux bains, comme l’œuf cuit dans la source thermale, accompagné de saké, ou le plaisir d’une bonne bière fraîche après un bon bain chaud.
Un maitre mot : le réalisme
Une telle série pourrait être vécue comme une aimable plaisanterie par des lecteurs occidentaux. Après tout, c’est un peu comme si un français s’amusait à faire une série BD sur la fabrication des katana dans le Japon du Moyen Âge : on pourrait craindre les anachronismes et les contresens.
Marie Yamazaki aborde cependant cet ouvrage avec un sérieux avantage : elle a vécu et étudié en Italie et elle est mariée avec un italien. Elle habite maintenant au Portugal, où travaille son mari.
Elle a donc pris le parti du réalisme : les voyages temporels ne sont ici qu’un prétexte scénaristique, la série n’a rien d’une série de science-fiction ou de fantastique. On se place plutôt dans une étude de civilisation. D’ailleurs, à la fin de chaque chapitre, un court texte explique au public japonais les us et coutumes de la Rome antique, avec force photos de vestiges et références historiques.
De plus, le dessin de Marie Yamazaki est résolument réaliste, mais elle conserve tout de même le parti pris de la narration en bande dessinée : les romains jouissent ainsi d’un dessin très détaillé, presque de « statues grecques », alors que les traits des japonais sont plus schématiques. Cela renforce cette impression d’un étranger perdu dans un autre monde, sans tomber pour autant dans la caricature.
Le rythme de la narration est intéressant : chaque chapitre est une glissade temporelle de Lucius, mais ces chapitres gardent une cohérence narrative entre eux. Marie Yamazaki évite ainsi l’écueil d’une démonstration culturelle trop longue et donc lassante et parvient sans mal à garder l’attention et l’intérêt de ses lecteurs.
Bref, Thermae Romae est un peu une révélation pour moi, dans le domaine « manga sérieux mais pas barbant ». Il ne reste plus qu’à espérer une traduction française le plus rapidement possible, cette œuvre le mérite amplement, d’autant qu’il a remporté un prix prestigieux au Japon !
[...] premier tome de Thermae Romae, dont je vous avais parlé dans les colonnes de Kroniks, était pour moi une des révélations manga de ces dernières [...]
d’après cette itw le titre sortira en 2012 en france :
http://www.total-manga.com/dossier-manga-manga-les-editeurs-ont-la-parole-!/le-questionnaire-quot-mangas-quot-de-raphael-pennes-94-4-1873.html#start_read
sinon, merci pour l’article qui m’a donné quelques infos sur ce manga à surveiller en 2012 donc !
Ha ben voilà une bonne nouvelle, si Thermae Romae est prévu pour sortir en France !!
Par contre, ça commence à me faire un peu peur, cette rapidité de traduction… Bientôt, le temps que je lise un tome en japonais et que je le chronique, la version française sera déjà disponible ?? ^_^