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Sanctuary

Informations complémentaires

  • Nombre de tomes : 12 (série complète)
  • Scénariste : Shô Fumimura (Buronson)
  • Dessinateur : Ryôichi Ikegami
  • Editeur : Kabuto
  • Genre : politique, mafia, action
  • Nombre de planches : entre 200 et 220 par tome
  • Date de publication : entre janvier 2004 et mai 2005 en France

Copyright Ikegami-Fumimura / Kabuto 2004

Une Dream Team. Pas moyen de qualifier ça autrement ! Quand vous prenez Ryôichi Ikegami (Crying Freeman, Mai the Psychic Girl) et que vous lui adjoignez Shô Fumimura, dont le pseudo Buronson vous est sans doute plus connu puisque scénariste de Ken le survivant, moi j’appelle ça une Dream Team.

Sanctuary narre les aventures de deux jeunes hommes, Hôjô et Asami, quasiment frères de sang. Ils ont un but, lié à un passé commun douloureux : faire du Japon leur « sanctuaire », un endroit où ils pourraient être enfin chez eux. Si ça ce n’est pas de l’ambition !!

Pour ce faire, Hôjô va choisir la voie du Yakuza, tandis qu’Asami se lance dans la politique. Le challenge : arriver le plus vite possible en haut de l’échelle et pour cela, tous les moyens sont bons : chantages, viols, meurtres, manipulations…

Disons-le tout de suite : Sanctuary est un manga « adulte ». Oui, c’est violent, parfois érotique, mais c’est adulte aussi parce qu’on se prend une bonne grosse leçon de réalisme sur l’ambiance politico-sociale de l’archipel nippon.

En fait, si Sanctuary est une réussite incontestable sur le plan de la narration, elle l’est aussi sur celui du contenu. Y sont dénoncés tous les travers d’une société bien plus malade que ses dehors policés pourraient le laisser penser. La collusion mafia-monde politique, secret de polichinelle pour les nippons mais que les européens ne connaissent sans doute pas assez, la rigidité d’une société ultra-hiérarchique où les « vieux » accaparent tous les postes et s’y accrochent, ne laissant aucune chance aux jeunes, la prostitution étrangère, etc…

Du coup, la réaction de Hôjô et d’Asami est à la mesure de la déliquescence de la société : tous les coups sont permis !! Hôjô veut rapidement devenir boss de tous les yakuza du pays, mais il devra aussi compter avec les mafias chinoise et russe. Asami entre au service de l’éminence grise du gouvernement, l’homme qui tire les ficelles dans l’ombre… et va tout faire pour l’assassiner politiquement.

Alors oui, Sanctuary est une histoire de « salauds magnifiques », ambiance John Woo, où on ne peut pas détester les héros pour leurs actions, car le monde où ils évoluent ne leur laisse pas le choix. Hôjô et Asami sont des anti-héros et les deux auteurs les assument très bien.

Copyright Ikegami-Fumimura / Kabuto 2005

Car oui, Ikegami et Fumimura sont à la hauteur de leurs ambitions sur ce manga : le scénario est en béton, les personnages convaincants et pas monolithiques, le dessin confine au génie, le découpage tient en haleine le lecteur jusqu’à l’ultime page de l’ultime volume.

Les seuls problèmes de ce manga ? Peut-être un regard un peu trop tendre sur les agissements de Hôjô et d’Asami… mais après tout, c’est aussi pour ça qu’on aime les films de John Woo, hein ! Le second problème est matériel : l’éditeur, Kabuto, n’existe plus depuis 2008 et du coup, il peut être un peu difficile à trouver dans son intégralité.

Mais si vous le trouvez et que vous aimez les polars politico-mafieux, jetez-vous dessus, vous ne le regretterez pas !

Discussion

5 commentaires pour “Sanctuary”

  1. Moi aussi j’ai bien accroché avec Sanctuary et effectivement il y a certains tomes qui sont assez difficile à se procurer. Notre libraire nous a bien aidé et a fait fonctionner son réseau. Résultat ? On a un tome qui est arrivé de Guadeloupe via le réseau CanalBD

    Posté par Mo' la fée | 6 juillet 2010, 9:04
  2. J’ai adoré ce manga! Et grâce à vous j’apprends que c’est aussi par l’auteur de Ken le survivant (Hokuto no Ken)?!

    Si vous me le permettez, je rajouterai que Santuary, c’est aussi l’histoire d’un Japon qui cherche à se retrouver, où les yakuza à l’ancienne affrontent les jeunes loups occidentalisés, où les jeunes politiciens veulent se débarrasser des vieux trop modernes, trop imprégnés par les règles de lapolitique post-seconde guerre mondiale. Il y a quelque chose de l’ordre du nationalisme, d’un jeune Japon qui se regarde en face en se demandant « mais au fait? qui sommes-nous? ».

    Dans le film « Black rain », un vieux chef yakuza parle de la pluie de cendres noirs qui est tombée après Hiroshima et qui a profondément changé le Japon; Hôjô et Asami tentent de balayer cette couche épaisse de cendres.

    Mais pour en revenir à Ken le survivant, finalement la thématique est la même (le coté gay sado-maso en moins): se salir les mains pour retrouver l’honneur perdu.

    Posté par Le Révérend | 17 février 2011, 11:32
  3. Révérend, de toutes façons, le Japon a toujours eu et a encore le culte de l’honneur et celui de l’homme fort (il n’y a qu’à voir le statut des lutteurs de sumo, par exemple).

    Nationalisme dans Sanctuary ? Bien sûr qu’il y en a ! L’attitude d’Hôjô et d’Asami est souvent sans équivoque, quand ils ont a traiter avec la mafia russe par exemple.

    Mais le grand talent des auteurs, c’est justement de nous faire comprendre qu’ils placent ces mots dans la bouche de leurs héros parce que cela correspond à la mentalité d’Hôjô et Asami, justement !

    Je n’ai pas eu le sentiment que par leurs personnages, les auteurs faisaient étalage de leurs propres convictions, mais qu’ils restaient en cohérence avec le monde âpre qu’ils décrivaient.

    Et ça, c’est fort !

    Posté par Xavier | 17 février 2011, 13:18
  4. Et saluons la cohérence de l’histoire! Plusieurs fois je me suis demandé comment les auteurs pourraient s’en sortir, mais ils ne sortent pas du sentier tracé tout en nous surprenant. Je pense que ceci est surement du Ryôichi Ikegami plus qu’à Buronson. Dans Ken le survivant, ce dernier a démontré qu’il savait créer des personnages forts; par contre au niveau de l’histoire, il vaut mieux ne pas se poser trop de questions.

    En ce qui concerne le nationalisme et les auteurs, je dirais plus généralement que le japon est dans l’ambivalence permanente entre la tradition et la modernité. Mes maigres lectures sur le sujet (je suis en plein dedans) me donnent l’impression que ça remonte à la fin du Shogunat Tokugawa. Ce changement d’ère signifiait surtout l’ouverture à l’occident, et donc l’inévitable changement, le principal étant la fin des samouraï. Beaucoup de productions littéraires ou cinématographique ont cette époque pour cadres , comme si le public recherchait cet état où il faut prendre une décision, choisir son camp et ne pas seulement suivre le mouvement: Le second choc est bien sur la seconde guerre mondiale.

    Si les yakuza sont réellement les descendants de samouraï déchus, alors peut être que les personnages qu’ils ont créé dans leurs histoires communes et respectives, Hôjô, Asami, Kenshiro, Raoh et dans une moindre mesure, Crying Freeman, sont à la recherche d’un paradis perdu où même les perdants peuvent avoir une chance grâce à leur honneur retrouvé (yakuza signifie perdant)

    Mais je suis tout à fait d’accord avec votre description: ils montrent dans « Sanctuary » les ombres que le Japon essaye de se cacher. J’ai même cru voir dans l’histoire de nos anti-héros une énorme pique au sujet des atrocités commises en marge des guerres, ce qui est toujours un tabou au pays du soleil levant. Le seul manga où j’ai vu une intensité pareille est « Black Lagoon » (pour le présenter succinctement, c’est l’histoire d’un jeune salaryman japonais typique qui se retrouve propulsé dans le monde des mercenaires)

    Posté par Le Révérend | 17 février 2011, 16:25
  5. Attention à ne pas trop comparer Ken le survivant et Sanctuary : le public n’est pas le même. Ken le survivant est à l’origine un manga pour jeunes adultes, qui aiment les choses qui vont à cent à l’heure et une histoire pas trop compliquée à suivre. Ken fut aussi publié dans des magazines de prépublication à très forte diffusion.

    Sanctuary, lui, est un manga clairement orienté vers les adultes genre quadragénaires, qui aiment des histoires plus politiques et donc plus alambiquées, dans des magazines de prépublication à la diffusions moins importante.

    La latitude accordée aux auteurs dans les deux cas n’est évidemment pas la même et ils se sont donc adaptés aux envies de leur public cible.

    Il ne faut pas oublier qu’au Japon, le manga est d’abord un « produit de consommation de masse » avant d’être un « art ». En Europe, c’est plutôt l’inverse, l’auteur de bande dessinée a souvent d’abord une « prétention » artistique ; bon, évidemment, si son oeuvre est diffusée à des millions d’exemplaires, il ne va pas se plaindre, hein ! Au Japon, quand une série ne marche pas, le responsable d’édition en charge de cette série travaille avec les auteurs pour « rectifier le tir » et regagner des parts de marché. Entre nous, je me demande si ce n’est pas ce qui s’est passé avec le tournoi du ZOTT dans Gunn Last Order…

    Ambivalence de la société japonaise entre la tradition et la modernité, certes. Mais c’est aussi parce que la société japonaise est plutôt caractérisée par son immobilisme et les choses ne changent véritablement que lors de « grands chocs » comme la restauration Meiji ou la capitulation à la fin de la seconde guerre mondiale. En fait, au Japon, un problème est réglé généralement quand il devient trop « visible » ou trop important, pas avant. Les exemples sont nombreux, actuellement le monde du sumo subit de telles mutations et c’est douloureux…

    Posté par Xavier | 18 février 2011, 0:21

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