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Courtney Crumrin

Informations complémentaires

  • Nombre de tomes : 4 + 1 extra
  • Titre du tome : 1 : ... et les choses de la nuit 2 : ... et l'assemblée des sorciers 3 : ... et le royaume de l'ombre 4 : ... et les effroyables vacances Extra : Portrait du sorcier en jeune homme
  • Dessinateur : Ted Naifeh
  • Editeur : Akileos
  • Genre : fantastique
  • Collection : Regard Noir et Blanc
  • Nombre de planches : environ 120 par tome
  • Date de publication : Entre 2004 et 2008
  • ISBN : tome 1 : 978-2355740329 tome 2 : 978-2355740336 tome 3 : 978-2355740343 tome 4 : 978-2355740022 Portrait du sorcier en jeune homme : 978-2915168327

Copyright Ted Naifeh / Akileos 2004

Allez, je l’avoue, soyons fous : j’aime beaucoup Harry Potter (les romans, pas les films). J’ai toujours été bon public pour les histoires de magie et comme Harry Potter est remarquablement bien écrit (si, si, mais il faut aller plus loin que le battage médiatique autour !), ben j’ai craqué depuis longtemps.

Maintenant que je me suis peut-être déconsidéré à vos yeux, quel rapport avec Courtney Crumrin, me direz-vous ? Eh bien tout ! Regardez Courtney : une pré-adolescente mal dans sa peau, embarquée avec des parents dont le seul but dans la vie est de se frotter aux stars et aux riches. On a connu mieux, comme milieu familial, non ?

La magie au quotidien

Et comme les parents Crumrin vivent bien au-dessus de leurs moyens, ils ont accepté avec empressement d’emménager dans la vieille maison de l’oncle Aloysius avec ce dernier : pas de loyer à payer, en échange de l’entretien de la maison et de l’ordre formel de ne pas déranger l’oncle. Pour Courtney, par contre, ce n’est pas la joie : déménagement, perte des rares amis qu’elle avait, une nouvelle école à affronter en perspective et une bâtisse aussi peu avenante que l’est l’oncle en question… Les plafonds sont trop hauts, les parquets grincent alors qu’il n’y a personne et franchement, dormir dans un lit à baldaquin, c’est moyen moyen.

Et pourtant… Courtney est une fouineuse, elle ne peut pas s’empêcher de se trouver souvent là où elle ne devrait pas, quand elle ne devrait pas. C’est ainsi qu’elle va rapidement s’apercevoir que l’oncle Aloysius est bien plus qu’elle ne croit et qu’elle va mettre la main sur des bouquins qu’elle est sans doute un peu jeune pour lire… D’autant que dehors, sous ses fenêtres, ça bouge, ça n’a pas l’air d’être un lapin ou autre charmante bestiole disneyenne !

Boum ! Voilà le lien entre Courtney et Harry : la magie au quotidien et l’existence d’un autre monde au-delà de ce qu’on voit habituellement ! Certes, Courtney n’aura pas un Ron et une Hermione pour l’épauler, mais Aloysius n’est pas si loin que ça d’une version bourrue d’un Dumbledore…

Copyright Ted Naifeh / Akileos 2005

Cependant, il faut vous y faire : Ted Naifeh, l’auteur, apprécie particulièrement les ambiances gothiques, sombres et parfois sanglantes. Mortis Junior, déjà chroniqué dans nos colonnes, en est une version édulcorée, accessible aux plus jeunes. Courtney Crumrin, c’est beaucoup moins de concessions : la magie est dangereuse, les créatures « fantastiques » ne le sont pas moins, quant aux sorciers, ils sont comme beaucoup d’êtres humains, vils, veules et assoiffés de pouvoir. On meurt dans Courtney Crumrin et c’est parfois très sale. Oui, Ted Naifeh aime le macabre, peut-être pas au point d’un Roman Dirge (Lenore), mais c’est gothique, sombre et comme dans la vie, les erreurs se paient cash.

Le roman d’une autodidacte

Courtney va en effet faire ses premiers pas dans la magie en autodidacte. Cela résultera en catastrophe quand elle essaiera de concevoir un philtre pour que ses camarades de classe l’apprécient, et il faudra l’intervention de son oncle pour que les choses rentrent dans l’ordre. Ce dernier comprend d’ailleurs rapidement que Courtney n’est pas à l’image de ses parents et qu’elle est sans doute digne d’intérêt ; une vraie complicité va alors se nouer entre le vieil homme et l’adolescente casse-cou, dans une vraie relation mentor-élève doublée d’un réel attachement familial.

Et il va en falloir, parce que Courtney va en traverser, des épreuves ! Oh, pas de destinée grandiose, Courtney ne va pas sauver le monde ou je ne sais quoi d’aussi hollywoodien, il n’empêche que les périls seront tout aussi grands. Par exemple, on ne se mêle pas au « peuple d’en bas » (le peuple-fée) sans en subir les conséquences, souvent désastreuses. Vous comprendrez bien entendu que je ne vous en dise pas plus, il serait dommage de gâcher de si bonnes histoires. Car oui, Ted Naifeh, en plus de savoir dessiner, a un réel talent de scénariste.

Si les 4 tomes de Courtney Crumrin sont autant d’histoires indépendantes, il y a tout de même un fil rouge qui les unit et qui assure la continuité scénaristique. Cela permet à Ted Naifeh à la fois de raconter les histoires qu’il veut et de construire ses personnages sur la durée. Il peut ainsi en travailler la profondeur et les rendre attachants, à différents niveaux. Même les parents de Courtney, pourtant à mille lieux de se douter de ce que fait leur fille, obnubilés qu’ils sont par leur désir de réussite sociale, vont se révéler plus complexes qu’on aurait pu le penser de prime abord.

Copyright Ted Naifeh / Akileos 2005

Une réalisation sans faille

Je disais que Ted Naifeh sait dessiner. Je devrais rajouter qu’il a un style bien à lui : tout en noir et blanc, dans un trait à la frontière entre le cartoon, le réalisme et l’esquisse, on sent dès la première page qu’on n’ouvre pas seulement une BD mais qu’on pénètre dans un monde. Malgré la simplicité des traits des personnages, on n’a aucune difficulté à ressentir leurs émotions, à comprendre leur état d’esprit. Ted Naifeh sait aussi remarquablement bien rendre la complexité de la nuit : effrayante, mais riche de mystères, de découvertes potentielles et de dangers terrifiants. Le Croquemitaine n’est pas loin, mais ses motivations ne sont peut-être pas aussi simples que l’ont croit.

Alors oui, pour moi Courtney Crumrin est un paradoxe : c’est une œuvre à la fois moderne et très « Madeleine de Proust », en cela qu’elle me rappelle les « kids movies » avec lesquels j’ai grandi dans les années 80 (les Goonies, Gremlins, Explorers, etc…) et les terrifiants Contes de la Crypte. Le cocktail est, je dois bien l’avouer, tout à fait enivrant. 4 tomes et un extra sur la jeunesse de l’oncle Aloysius, c’est en même temps long et court, parce que si on aime, on voudrait bien lire d’autres aventures de la chipie goth !!

Oui, je sais, cette chronique fait un peu dithyrambe et lèche-bottes, il n’empêche que ce fut un vrai coup de cœur dès la parution du premier tome (merci éternellement à mon libraire spécialisé de me l’avoir conseillé !) et que si vous ne connaissez pas encore ce formidable représentant de la « BD Underground » américaine, je ne peux que vous le conseiller très chaudement !!

J’allais oublier : si vous appréciez le style de Ted Naifeh, n’hésitez pas à consulter son site internet !

Discussion

3 commentaires pour “Courtney Crumrin”

  1. J’adhere totalement!! Faut que je trouve ces BD quelque part!

    Posté par raph | 6 septembre 2010, 15:23
  2. ça fait un moment qu’on m’en parle et tu enfonces le clou. OK, à lire donc…

    Posté par Mo' la fée | 9 septembre 2010, 17:55
  3. [...] fiche éditeur, l’avis de Xavier, Sceneario, Paul,  Lael et [...]

    Posté par Courtney Crumrin (Naifeh) | Bar à Bd | 25 janvier 2011, 13:32

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